Novembre 2026 - Le mot de la directrice


Comme vous le savez, le dialogue est au cœur même du projet de la Casa de Velázquez.

À la fois clé de voûte et ligne de mire, il est une dynamique que notre institution s’attache, jour après jour, à nourrir et à renouveler, pour en préserver toute la richesse et en multiplier les possibles.

Dialogue entre les disciplines, d’abord, dans une maison où chercheurs et artistes s’entrecroisent au quotidien et où recherche et création forment les deux versants d’un même élan vital. Mais aussi dialogue entre les générations et les parcours, dialogue entre les cultures et, bien sûr, dialogue avec les publics, que nous avons toujours à cœur d’associer à ces échanges, à Madrid comme hors de nos murs. Qu’elles prennent forme dans l’intimité de la résidence ou s’ouvrent à des publics toujours plus divers, ces rencontres sont autant d’occasions de faire circuler les idées, de confronter les regards et de dessiner de nouvelles perspectives.

Aujourd’hui, plus que jamais, cette nécessité d’un dialogue, vivant, préservé et sans cesse renouvelé, est tout à la fois le moteur et la raison d’être de notre institution. Car faire dialoguer les idées et les personnes, c’est aussi créer les conditions d’un monde pensé comme un espace de partage et de compréhension mutuelle.

Le mois qui s’ouvre viendra mettre à l’honneur cette ambition, sous ses formes les plus diverses. C’est d’ailleurs cette conception du dialogue comme espace de rencontres et générateur de connexions nouvelles qui a guidé, ce matin même, la présentation annuelle de notre saison artistique. Rendez-vous marquant de notre calendrier, elle consacre, quelques semaines après l’arrivée des résidents, le lancement officiel de notre programmation et présente la promotion d’artistes qui développeront leurs projets de création jusqu’en juillet prochain. Devant un public de professionnels de l’art contemporain (galeristes, représentants institutionnels, programmateurs…), nous avons eu le plaisir de dévoiler les prochains temps forts de la saison. À cette occasion, nous avons également accueilli l’artiste française Annette Messager, marraine de la promotion 2026-2027, venue spécialement à Madrid pour l’événement. Également à nos côtés, le philosophe, historien et professeur de recherche au CSIC Javier Moscoso, parrain de la promotion de chercheurs, dont la présence illustre les liens interdisciplinaires qui se tissent au sein de notre institution. Dans le même esprit, une présentation du même type réunira, en mars 2027, notre réseau de partenaires scientifiques et universitaires autour des membres de l’EHEHI, à mi-parcours de leur résidence.

Du côté de nos activités ouvertes au public, et parmi les formats qui font, eux aussi, vivre ce dialogue au quotidien, les Tertulias en Casa occupent une place à part. Lancé en 2023, ce rendez-vous de proximité reprend l’esprit de la «tertulia » comme pratique sociale de la conversation, pour inviter dans notre Grand Salon des figures de premier plan de la création et de la recherche. Avec pour fil conducteur la créativité, entendue au sens le plus large, ces rencontres interrogent cette capacité à inventer des objets, des idées, des solutions nouvelles dans l’ensemble des champs de la connaissance, de la science et des arts. Fait exceptionnel, ce mois de novembre nous en offrira quatre, autour d’invités d’exception et de sujets plus passionnants les uns que les autres.

Nous nous retrouverons donc dès ce soir, mercredi 4 novembre, autour de l’œuvre de la poétesse, romancière et essayiste Clara Janés, l’une des voix majeures des lettres espagnoles contemporaines, entourée de ses traductrices Solange Hibbs et Modesta Suárez, ainsi que du poète et éditeur Gérard Zuchetto. Pour l’occasion, nous avons choisi de bousculer quelque peu le format habituel des tertulias pour l’amener vers celui d’un récital hybride, afin de nous plonger au mieux dans l’univers si dense et singulier de Clara Janés. Le 12 novembre, dans le cadre du programme CINECASA, c’est avec la cinéaste Camille Zéhenne, artiste en résidence en 2023-2024, que nous aurons le plaisir d’échanger autour de Las damas. Elle reviendra sur la genèse de ce court métrage, qui a reçu une mention spéciale au Festival de Locarno 2026. Né pendant sa résidence, le film prend pour point de départ la Dame d’Elche pour faire dialoguer tradition archéologique et fiction intime, illustration parfaite de ces liens féconds entre recherche et création qui nous sont si chers. La tertulia du 20 novembre réunira quant à elle le dramaturge Jean-Christophe Bailly, ancien résident de la Casa de Velázquez, et Carmen Delibes, directrice de la Biblioteca Pública de Segovia. Ce temps d’échange prolongera une représentation exceptionnelle de la pièce Una noche en la biblioteca, qui se tiendra en nos murs à partir de 18h00. Enfin, le 23 novembre, la série s’achèvera avec une dernière rencontre, organisée dans le cadre de l’agenda des activités du Madrid Institute for Advanced Study (MIAS) : Ana Garriga, alumni MIAS 2023-2024 et spécialiste des écrits de Thérèse d’Avila, et Verónica Tartabini, philosophe de la pensée de María Zambrano rattachée à l’UAM, nous inviteront à suivre les traces de la sainte écrivaine et de ses héritières, de l’écriture conventuelle à la « raison poétique » de Zambrano, à travers les voix, les corps et les savoirs du féminin.

Hors les murs, le dialogue entre recherche et création se poursuivra également à Paris, dans le cadre du Bicentenaire de la Photographie. Le 10 novembre, à la Sorbonne, la journée d’étude « Au-delà du document : la photographie comme expérience de savoir » réunira photographes et chercheurs français et espagnols pour s’interroger sur ce que peut l’image au-delà de sa fonction documentaire. Organisée avec le soutien du Centro Nacional de Fotografía et en partenariat avec le laboratoire CRIMIC de Sorbonne Université et l’Universidad Complutense de Madrid (projet FOTODOCAM), elle comptera parmi ses participantes la photographe espagnole de renom Isabel Muñoz, marraine de la promotion d’artistes 2023-2024, et Alexandra Serrano, actuellement en résidence à la Casa. Une seconde journée suivra à Madrid en avril 2027, et la conversation se prolongera dès le 2 décembre, de nouveau à la Sorbonne, avec une table ronde autour de L’esprit du lieu / El espíritu del lugar, l’ouvrage dans lequel Max Armengaud met en regard deux campagnes de portraits de la Casa réalisées à trente ans d’écart.

Côté recherche, l’agenda sera lui aussi dense et passionnant. Le 6 novembre, l’Universidad Complutense de Madrid accueillera un séminaire international consacré aux écrits inédits de Miguel de Molina, dans le cadre du programme « Miguel de Molina dans ses archives (1908-1993) ». Le 13 novembre, le Festival d’histoire publique tiendra sa cinquième édition au musée Thyssen-Bornemisza, autour des traces du passé colonial dans l’Espagne contemporaine. Le même jour, à l’Université de Lille, le programme PauperMo/IndCo consacrera une rencontre à la figure du pauvre dans les lettres d’Espagne et d’Amérique. À la Casa, deux séminaires MIAS-EHEHI se tiendront les 10 et 16 novembre : le premier avec Nazareno Bravo, sur les expériences d’auto-édition en Argentine, le second avec Élodie Bordat-Chauvin, sur la circulation de chants et de symboles féministes latino-américains en Espagne et en France. Le 24 novembre, enfin, Aurélien Montel présentera au CSIC son livre La rive d’en face, consacré à Al-Andalus et au Maghreb à l’époque des Omeyyades de Cordoue.

Sur le versant artistique, trois expositions restent visibles en Espagne : Aux marges du regard, à la Galerie du 10 de l’Institut français de Madrid, prolongée jusqu’au 20 novembre ; Casa compartida, à la Fundació Caixa Castelló de Castellón de la Plana, jusqu’au 5 décembre ; et Ensayos sobre la ausencia de Nicolás Combarro, à la Casa, jusqu’au 14 février 2027.

À ces expositions s’ajoutent d’autres rendez-vous artistiques, directement issus de notre politique d’accompagnement post-résidence. Soutenu par notre fonds d’aide à la production, l’artiste plasticien François Réau déploie à Amiens un projet multisite d’envergure, « Dans les plis de l’horizon », qui prend la forme de quatre expositions dans autant de lieux emblématiques de la métropole : le Frac Picardie Hauts-de-France, la Maison de la Culture, le Musée de Picardie et la cathédrale d’Amiens. Toujours dans le cadre de ce fonds d’aide, le Centro de Danza Matadero accueillera, les 6 et 7 novembre, le spectacle Bien vale un imperio de la chorégraphe Paula Comitre. Enfin, dans le cadre de ¡Viva Villa!, l’exposition La Maison Fleuve – Fertilité îlienne & ancrage fluvial réunit au CNEAI, sur l’Île-Saint-Denis, une douzaine d’artistes issus des résidences françaises à l’étranger, parmi lesquels Yann Gross et Remi Algis, tous deux anciens résidents de la Casa de Velázquez.

Un mois de novembre riche en rencontres, comme vous l’aurez compris, mais aussi en échéances à ne pas manquer : alors que la phase de présélection de l’appel destiné aux membres scientifiques de l’EHEHI vient tout juste de s’achever, les candidatures pour la sélection des artistes en résidence 2027-2028 peuvent encore être déposées jusqu’au 27 novembre, et celles pour la sélection des futurs fellows du MIAS jusqu’au 7 décembre 2026. En parallèle, l’appel à l’Aide à la mobilité internationale (AMI) vient d’être ouvert et restera accessible jusqu’au 14 décembre. Destinée aux enseignants-chercheurs titulaires en sciences humaines et sociales, cette aide finance des missions d’un mois en 2027, notamment pour des travaux de terrain, des consultations de sources ou le développement de projets de recherche et de collaboration internationale.

En bref, autant de rendez-vous, d’opportunités et de temps forts qui continueront, au fil des semaines, à faire vivre notre maison comme l’espace de partage et de circulation des idées qu’il nous tient tant à cœur de préserver.


Nancy Berthier

Directrice de la Casa de Velázquez