Matthias Gille Levenson
Doctorant en philologie et littérature médiévale castillane
Mots clés : Écritures du pouvoir; chevalerie et noblesse ; édition de texte assistée par ordinateur ; matérialités du texte ; histoire du texte
Type de résidence
Membre de l'EHEHI
Période de résidence
En résidence de septembre 2020 à juillet 2022
Projet de recherche à la Casa de Velázquez
Résumé du projet
Titre du projet : « La version B du "Regimiento de los prínçipes glosado" : étude et éditions de la partie sur le Gouvernement de la Cité en temps de guerre (III, 3) »
Le travail de recherche de Matthias GILLE LEVENSON consiste en l'édition d'une partie du Regimiento de los prínçipes, traduction glosée castillane du De Regimine Principum de Gilles de Rome. Cette traduction date de la moitié du XIVe siècle, mais les témoins conservés sont essentiellement du XVe siècle. Son projet est centré sur ce qu'est devenu le Regimiento en Castille à partir de la fin du XIVe siècle. On ne garde en effet de traces de la circulation de ce texte qu'à partir de 1374, et l'immense majorité des témoins sont produits au XVe siècle.
D'un art militaire largement inspiré de Végèce dans le De regimine principum, la dernière partie du Regimiento de los prínçipes se transforme en manuel de chevalerie. Dans son travail sur cette partie, il a choisi de s'intéresser à la figure du chevalier et aux concepts qui s'y rapportent et qui y sont reliés. Quelle conception de la chevalerie, concept particulièrement important pour le bas Moyen Âge, se dessine dans ce texte? La diffusion du Regimiento s'inscrit en effet dans une période d'intense débat intellectuel autour des concepts toujours fluctuants et protéiformes de noblesse et de chevalerie. La chevalerie a, bien sûr, à voir avec la noblesse (bien que l'on ne doive pas les confondre) et est intimement liée à la monarchie. L'établissement de la chevalerie comme institution englobant la noblesse peut ainsi être considéré comme une stratégie d'appropriation, comme une tentative de « domestication » politique et économique de cette noblesse par la monarchie au XIVe siècle notamment.
Plus tard, au XVe siècle, le débat sur la chevalerie et sur la noblesse explose : on compte plus de quatre-vingt traités consacrés à la question. Ce débat est d'autant plus intéressant qu'apparaît alors une noblesse lettrée productrice et reproductrice de livres et d'autant de discours et de savoirs : on peut penser, par exemple, à la famille Pimentel, des troisième et quatrième comtes de Benavente, dont la bibliothèque est particulièrement importante en cette seconde moitié du XVe siècle. Quelle représentation de la chevalerie observe-t-on dans les témoins de ce Regimiento vernaculaire? Sur quels concepts ce texte articule-t-il le débat sur la circulation du pouvoir et l'univers chevaleresque? Enfin, à quel point peut-on retrouver des traces de ces débats dans le Regimiento, dans des divergences textuelles entre témoins, voire dans la matérialité du texte? Questionner l'homogénéité de sa tradition textuelle constitue le cœur de ce travail. Matthias Gille Levenson étudie ainsi à la fois les témoins dans leur textualité et dans leur matérialité : son projet est donc d'aller consulter chaque témoin prése et d'y relever tous les indices qui pourraient lui permettre de comprendre leur histoire et leur contexte de (re)production. Pour mener à bien le versant ecdotique de ce travail doctoral ainsi que l'étude de la matière textuelle du Regimiento, l'outil informatique est un allié précieux. L'édition qu'il entreprend est structurée selon les normes du standard communautaire XML-TEI, qui permet une description sémantique des caractéristiques intellectuelles et matérielles des témoins, et sera en partie produite de façon automatique, grâce à un ensemble d'outils et de scripts que je développe (et qui s'appuient sur des travaux précédents, comme les projets CollateX et Falcon), et qui lui permettront d'accélerer le travail de comparaison des texte et d'établissement de l'édition.