Recherche Scientifique Résident

Pierre-Marie Delpu

Docteur en histoire contemporaine

Mots clés : Martyrs politiques ; hagiographies politiques ; révolutions ; histoire comparée ; 1848 ; Espagne ; Etats italiens ; politisation.

Type de résidence

Membre de l'EHEHI

Période de résidence 

En résidence de septembre 2020 à juillet 2021

Projet de recherche à la Casa de Velázquez

Résumé du projet

Titre du projet : « Pour une histoire comparée du martyre politique en Europe méridionale (XIXe siècle) : les cultes des « martyrs de la liberté » en Espagne, 1848-1856. »

Dans le cadre de recherches portant sur les voies de la construction du politique dans les sociétés catholiques d’Europe méridionale post-révolutionnaire, je m’intéresse actuellement aux cultes rendus aux martyrs libéraux et révolutionnaires au milieu du XIXe siècle, particulièrement dans l’après-1848 où ils acquièrent une place particulièrement importante dans les dispositifs de politisation de masse. Ce travail voudrait confronter le cas espagnol aux sociétés des États italiens et de France méridionale. Alors que toutes connaissent, depuis les dernières décennies du XVIIIe siècle, un mouvement commun de « naissance de la politique moderne », il s’agit de comprendre le phénomène du martyre comme un outil central de la construction du politique, pour sa capacité à générer des émotions collectives et pour son efficacité pédagogique. Des révoltes du printemps 1848 à la fin du bienio progressiste en 1856, la société espagnole a vu se développer et se systématiser les cultes de martyrs politiques, dans la continuité d’une évolution amorcée au cours des décennies antérieures autour des caídos et des víctimas políticas. Ils relèvent à la fois d’initiatives privées et d’une prise en charge publique de plus en plus fréquente, alors que se formalisent des mémoires publiques aux échelles locale et nationale. Cette pratique est largement tributaire de la conflictualité socio-politique qui traverse tout le XIXe siècle espagnol et se construit principalement autour de l’adhésion ou de l’opposition à la révolution et au libéralisme.

En fondant l’étude sur quatre observatoires – Madrid, Saragosse, Bilbao et Grenade – et dans une perspective de comparaison constante avec d’autres sociétés sud-européennes au même moment, il s’agit d’abord de saisir la circulation internationale des modèles de célébration des martyrs, qu’ils relèvent de formes littéraires communes (panthéons, hagiographies et martyrologes politiques) ou de pratiques sociales convergentes. On voudrait ensuite comprendre l’évolution des répertoires commémoratifs en accordant une attention particulière aux rituels, aux acteurs qui les prennent en charge (monde révolutionnaire, autorités municipales et religieuses), à la matérialité des martyrs (usages des corps suppliciés, construction des images publiques). Enfin, on analysera la façon dont cette pratique, alors commune aux libéraux modérés et aux démocrates, se généralise à des cultures politiques en voie de diversification, y compris dans le monde contre-révolutionnaire où elle connaît des prolongements.
 

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