Élodie Lebeau
Doctorant en Histoire de l’art et Histoire
Mots clés : Chili (XXe siècle) ; guerre froide ; solidarité internationale ; arts visuels ; résistance ; Salvador Allende ; mémoire ; muséologie ; réseaux ; histoire politique ; histoire culturelle.
Type de résidence
Membre de l'EHEHI
Période de résidence
En résidence de septembre 2019 à juillet 2020
Projet de recherche à la Casa de Velázquez
Résumé du projet
Titre du projet : « Le Musée International de la Résistance Salvador Allende (1975-1990). Une expérience de solidarité artistique en temps de guerre froide culturelle »
Comme continuité d’un projet artistique né durant l'Unité Populaire (Museo de la Solidaridad, 1972-1973), le Musée International de la Résistance Salvador Allende (MIRSA) constitue l’une des plus importantes manifestations culturelles de solidarité avec le peuple chilien durant la dictature militaire du Général Augusto Pinochet (1973-1990). Ce "musée en exil", implanté par le biais de comités nationaux dans plusieurs pays d'Amérique latine (Cuba, Venezuela, Colombie, Mexique, Panama), d'Europe de l’Ouest (Espagne, France, Suède), d’Europe de l’Est (Pologne, Roumanie, URSS) et même d’Afrique (Algérie), avait pour objectif principal de collecter des œuvres auprès des artistes afin de les exposer et de constituer un outil d’agitation contre le gouvernement militaire.
Dans une perspective interdisciplinaire d’histoire et d’histoire de l’art globales, ma recherche ambitionne d’enrichir l’étude de ce Musée en analysant son fonctionnement dans les différents pays où il s’est implanté, ses implications transnationales, et les collections qu’il a constituées en exil. Ayant pour centre coordinateur la Casa de las Américas à La Havane, le MIRSA a profité pour se développer des réseaux d’acteurs politiques (militants, cadres de partis, diplomates) formés par les partis de l’Unité populaire en exil. En étudiant le parcours des acteurs concernés, les transferts consécutifs à l’exil qui se sont opérés entre le Chili et les différents pays d’implantation du MIRSA, ou encore les motivations qui ont poussé les artistes –quelle que soit leur nationalité– à donner une œuvre au MIRSA, il s’agira de saisir en quoi ce projet participe à la constitution ou à l’amplification de réseaux d’intellectuels, d’artistes, de personnalités des mondes de la culture, motivés par les principes de solidarité et de progrès social.
Je déroule ce travail selon trois axes principaux. Le premier concerne l’analyse des réseaux politiques ayant permis l’implantation des comités du Musée à travers le monde. Je m’intéresse particulièrement aux interactions entre les gauches du Chili d’un côté, et les forces politiques d’Europe de l’Ouest, d’Europe de l’Est et des pays d’Amérique latine de l’autre, en analysant notamment les discours relatifs au(x) « socialisme(s) », au « nationalisme », à l’« antifascisme » et aux « Droits de l’Homme » dans les années 1970. Le deuxième axe s’intéresse à l’engagement politique des artistes et aux œuvres qu’ils ont données au Musée. J’analyserai particulièrement la mobilité des artistes afin de cartographier les réseaux artistiques et intellectuels de l’époque, ainsi que les imaginaires transnationaux et transhistoriques de la « résistance », de la « révolution » et du « fascisme » émanant des collections du MIRSA. En dernier lieu, ma thèse soulèvera les ambigüités et les contradictions du Musée tout au long de son histoire. Dans une perspective diachronique, nous tenterons de comprendre comment cette institution –révolutionnaire au départ– a vu ses politiques se transformer des années 1970 à nos jours, traduisant en son sein les bouleversements idéologiques qui ont impacté les partis de l’Unité Populaire en exil, et la refonte de l’échiquier politique durant la Concertation au Chili. La comparaison entre les stratégies politiques espagnole et chilienne de la transition vers la démocratie, offrent des pistes de réflexion intéressantes pour saisir les choix patrimoniaux et institutionnels induits par ces changements politiques, et donc le destin du musée après 1990.
Cet objet d'étude nous invite donc à renouveler les méthodes de recherche relatives aux mouvements de solidarité internationale, en analysant les réseaux d'influences extranationaux qui ont été ceux des intellectuels et des artistes. De même, il permet de redécouvrir les initiatives de solidarité dans les milieux culturels développées durant la guerre froide, en les reliant davantage à la sphère politique et aux enjeux diplomatiques inhérents à ce conflit.