Arnaud Pierre
Agrégé d'Histoire
Mots clés : Noblesse - Elites - Révolution libérale - XIXème siècle - Histoire sociale - Histoire politique - Mobilité sociale.
Type de résidence
Membre de l'EHEHI
Période de résidence
En résidence de septembre 2018 à juillet 2020
Projet de recherche à la Casa de Velázquez
Résumé du projet
Titre du projet : « Révolution et renouvellement des élites dans l’Espagne du XIXème siècle : La concession de titres de noblesse durant la transition de l’Ancien Régime à la société libérale (1808-1854) »
L’historiographie a longtemps considéré que la transition de l’Ancien Régime à la société libérale n’avait pas vraiment eu lieu en Espagne. La révolution libérale aurait été confisquée par une alliance entre l’ancienne aristocratie et la bourgeoisie, trop faible pour triompher seule (Tuñón de Lara, Vilar, Fontana). Cette vision, qui s’inscrit dans la perspective traditionnelle de l’échec espagnol au XIXème siècle, a été largement nuancée ces trente dernières années, d’abord parce que l’existence d’une « bourgeoisie » en Espagne est assez problématique, mais surtout, suite au profond renouvellement des études sur le XIXème en Espagne, l’importance de la rupture libérale durant la première moitié du siècle a été démontrée et mise en avant.
Mon travail s’inscrit dans cette perspective. De nombreux travaux régionaux ont montré que la première moitié du XIXème siècle a vu des changements plus ou moins importants des groupes dirigeants (travaux d’I. Burdiel sur Valence, de P. Carasa et J. Luengo sur Valladolid, de M-T. Pérez Picazo sur la Murcie). Il n’y a cependant pas eu de travaux à l’échelle nationale sur le sujet. Il s’agit d’évaluer l’importance du renouvellement des élites à l’échelle de l’Espagne dans la période qui va de 1808 (chute de la dynastie des Bourbons et début de la Guerre d’Indépendance) à 1854 (fin de la Décennie Modérée, la première période de stabilisation libérale conservatrice). Pour mener cette étude, j’utilise les méthodes de la prosopographie sur un groupe facilement définissable : les 269 bénéficiaires d’un titre de Castille entre ces deux dates. Les nouveaux nobles représentent un groupe relativement restreint, pour lequel nous bénéficions d’archives conséquentes : les dossiers réalisés pour chaque nouveau titre de Castille et conservés à l’Archivo General del Ministerio de Justicia à Madrid. Ils représentent la frange supérieure des élites.
Ce projet se trouve au croisement de l’Histoire sociale et de l’Histoire politique. Il utilise les méthodes de l’Histoire sociale, la prosopographie et le recours à des bases de données (en l’occurrence la base de données Fichoz). Mais il s’agit également d’un travail d’Histoire politique, car les concessions de titres de Castille sont un attribut de la Couronne, et un moyen de contrôle politique des élites, dans un pays qui connaît une guerre civile ouverte ou larvée durant presque toute la période, et où le facteur politique, y compris dans les processus de mobilité sociale, est déterminant (Luis, Rújula).