Diego Miralles Buil
Doctorant en Géographie, Aménagement et Urbanisme
Mots clés : Espagne, Habitat, Politiques de logement, Habitat participatif, Participation, Logement social, Mouvements sociaux, Communs, Reterritorialisation, Municipalisme, Urbanisme.
Type de résidence
Membre de l'EHEHI
Période de résidence
En résidence de septembre 2018 à juillet 2019
Projet de recherche à la Casa de Velázquez
Résumé du projet
Titre du projet : « La reterritorialisation des politiques de logement en Espagne depuis les années 2000. Entre réaffirmation du rôle des régions et réappropriation citoyenne et locale de l’habitat »
La Constitution espagnole de 1978 a décentralisé les compétences en matière de logement, donnant ainsi un rôle déterminant aux régions ainsi qu’une forte autonomie aux communes. Pourtant, la plupart des recherches sur le logement en Espagne abordent le rôle de l’État et des communes et ont souvent délaissé le niveau régional. Cette thèse de géographie sociale et politique entend pallier ce manque et propose d’analyser le processus de reterritorialisation du secteur du logement en Espagne depuis les années 2000 afin d’appréhender l’actuelle reconfiguration des acteurs du logement aux niveaux régional et local. Cette reterritorialisation du logement et de l’habitat peut être à la fois vue comme une réaffirmation des acteurs publics au travers de politiques publiques territorialisées mais aussi comme une réappropriation locale du thème du logement et de l’habitat par les citoyen·e·s eux-mêmes. Ainsi, cette thèse vise à questionner comment, depuis l’éclatement de la bulle immobilière espagnole, le logement redevient une question politique, notamment au niveau des régions (communautés autonomes). Dans cette thèse, nous nous demandons donc si l’institutionnalisation des mouvements sociaux pour le droit au logement (notamment au sein des "municipalités du changement" de Barcelone et Madrid), la réappropriation locale collective et la réaffirmation du rôle des régions témoignent d’une reterritorialisation du secteur du logement et de l’habitat et d’une nouvelle gouvernance locale du logement en Espagne. La structure de l’État espagnol impose alors de mener la réflexion en plusieurs points du territoire afin de saisir la diversité des trajectoires empruntées par les communautés autonomes et les municipalités. Comment les différentes communautés autonomes d’Espagne font-elles face à l’effondrement du modèle conventionnel de logement espagnol ? Comment l’actuelle reprise en main du secteur du logement par les acteurs publics s’articule-t-elle avec les volontés de réappropriation locale de l’habitat par les habitant·e·s ? En quoi cette articulation témoigne-t-elle d’un processus de reterritorialisation du secteur du logement posant les bases d’une nouvelle forme de gouvernance urbaine de l’habitat ?
Dans l’optique de répondre à ces questions, cette thèse, résolument multiscalaire, se propose d’analyser la reconfiguration des acteurs du logement aux échelles régionales, municipales et locales. Premièrement, elle étudie le repositionnement différencié des régions sur le thème du logement : le développement de nouvelles politiques publiques de logement au niveau régional, le lien entre politiques de logement et stratégies régionalistes et/ou indépendantistes des régions d’Espagne, etc. Deuxièmement, la thèse analyse l’échelle municipale afin de comprendre comment les différentes municipalités tentent de proposer des solutions face à la crise du logement de 2008. Le cas des « municipalités du changement » de Madrid et Barcelone, provenant de candidatures citoyennes et se revendiquant d’un « nouveau municipalisme », sont tout particulièrement analysés. Enfin, au niveau local, ce travail de recherche aborde les volontés des citoyens de reprendre en main le thème du logement. Cela peut se matérialiser par des mobilisations sociales luttant pour le droit au logement ou encore par le développement par les citoyen·ne·s de projets d’habitat participatif autonomes afin de trouver des solutions d’accès au logement abordable par eux-mêmes (coopératives d’habitant·e·s, cohousing, etc.). Beaucoup de citoyen·ne·s voient dans ces projets un moyen de s’autonomiser vis-à-vis du secteur financier ainsi que plus largement un moyen de se réapproprier le territoire local, en premier lieu leur quartier.
Ce travail de thèse se base en grande partie sur le processus de territorialisation-déterritorialisation-reterritorialisation (TDR) développé par G. Deleuze et F. Guattari mais également fortement mobilisé en géographie, notamment par C. Raffestin. Ainsi, suite à la déterritorialisation du secteur du logement en Espagne, ce travail de thèse analyse l’actuel processus de reterritorialisation du logement et de l’habitat. Ce processus témoigne d’un ré-ancrage de ce secteur à un niveau régional et local, ce qui permet de questionner l’actuelle reconfiguration des cadres de l’action publique sur le thème du logement ainsi que l’articulation entre les citoyens mobilisés et les administrations publiques.