Amina Damerdji
Agrégée d’Espagnol
Mots clés : Jeu, Révolution cubaine, Avant-garde, Poésie politique, Colloquialisme, Censure, Exil
Type de résidence
Membre de l'EHEHI
Période de résidence
En résidence de septembre 2015 à juillet 2017
Projet de recherche à la Casa de Velázquez
Résumé du projet
Titre du projet : « Depuis septembre 2013 je mène un travail de thèse intitulé « Dogme et dissidence : le soupçon ludique. Les poètes officiels de la Révolution cubaine, de la Havane à Madrid (1966-2002) » qui consiste à analyser la production et la trajectoire des caïmans barbus, les premiers poètes officiels de la Révolution cubaine, encore jamais étudiés. »
J’envisage le groupe sur toute sa période, de sa fondation en 1966 à La Havane à sa dissolution en 2002 à Madrid. Sous le patronage du régime cubain puis sous celui du gouvernement espagnol socialiste de Felipe González, les caïmans barbus se sont réunis autour de deux revues : El Caimán barbudo, journal de l’Union de la Jeunesse Communiste cubaine diffusé à trente mille exemplaires dans tout le pays puis, en 1996, Encuentro de la cultura cubana, projet conjointement né du ministère des affaires étrangères espagnol et de Jesús Díaz, ancien directeur du Caimán, alors exilé à Madrid. Or, malgré cette dimension politique officielle et « sérieuse » le groupe ne cesse de mettre en avant son amour du jeu, de la légèreté, développant une écriture et une mise en scène sociale extrêmement ludiques. Des provocations lancées à la brigade des mœurs aux poèmes-devinettes, aux puzzles poétiques en passant par toute une série de métamorphoses formelles et thématiques (jeux érotiques, jeux politiques, triche) jusqu’au topos de la fin de partie cruelle de l’exil, le jeu marque l’ensemble de la production du groupe et cela en dépit de la diversité des trajectoires individuelles de ses membres. J’analyse l’ethos littéraire du jeu – que je définis comme une attitude d’adhésion forte à un cadre posé comme fictionnel (Hamayon, Jouer, 2012) – à la lumière des contraintes sociales, économiques et politiques qui orientent les stratégies des caïmans. Une de mes hypothèses est que la notion de jeu, complexe et ambivalente, permet de donner forme et sens à l’ambiguïté des rapports entre un groupe d’écrivains et les institutions cubaines puis espagnoles qui les appuient dans leur exil.
Ma démarche allie des techniques et des théories propres à la discipline littéraire (analyse textuelle, métrique, stylistique, théorie métatextuelle de Bernard Magné) à des outils empruntés à la sociologie, et plus spécifiquement à la sociologie de la littérature. Je m’appuie donc à la fois sur des œuvres (16 courts recueils et un roman pour mon corpus majeur), des archives privées et publiques, des entretiens avec les auteurs et l’étude des deux revues du groupe.