Aurore Ducellier
Agrégée d’espagnol
Mots clés : Espagne, franquisme, prisons, expérience carcérale, poésie, création, diffusion, XXème siècle.
Type de résidence
Membre de l'EHEHI
Période de résidence
En résidence de septembre 2014 à juillet 2015
Projet de recherche à la Casa de Velázquez
Résumé du projet
Ma thèse de doctorat porte sur la poésie créée dans les espaces carcéraux du premier franquisme. La méconnaissance de ce phénomène pour le contexte espagnol ou la réduction à des stéréotypes voire des mythes (Miguel Hernández, Marcos Ana), est surprenante après l’Ère du Témoin et les études sur les témoignages contemporains. Pourtant, ce phénomène recouvre une multitude de cas, allant du poète professionnel emprisonné aux prisonniers qui s’essayent aux formes versifiées à la manière d’un passe-temps. Reléguer au second plan la question de la valeur littéraire de l’œuvre, et s’intéresser à la poésie de circonstance autant qu’à la poésie lyrique, aux poèmes en prose et en vers, oraux ou écrits, permet de repenser la tension entre témoignage de l’expérience carcérale et écriture littéraire.
Mon projet se base donc sur un corpus varié de la période délimitée, tant sur le plan générationnel qu’idéologique. José Luis Gallego (1913-1980) a connu l’expérience carcérale et poétique la plus significative, produisant une vingtaine de recueils en prison de 1939 à 1942 puis de 1943 à 1960, dont seulement deux ont été publiés. Toute la géographie carcérale espagnole est concernée, du nord (comme l’île de Saint Simon) au sud (jusqu’à Melilla), en passant par les prisons de Madrid et de Castille, et quelques camps de concentration. Si certains aspects permettent de définir une poétique propre à certains auteurs ou à la situation espagnole, il s’agit, comme souvent dans le cas de la poésie carcérale, d’une poétique de la libération aux inspirations extra-carcérales, visant à fuir l’espace-temps oppressant de l’enfermement. Cette étude envisage également les processus de création et de diffusion de ces œuvres poétiques, ainsi que l’enjeu idéologique problématique qu’elles ont souvent constitué pour des institutions politiques, depuis le régime lui-même (dans l’hebdomadaire officiel de la prison, Redención) jusqu’aux communautés politiques d’appartenance.