Actuellement en résidence à la Casa de Velázquez – Académie de France à Madrid, Raphaëlle Peria est l'une des voix les plus prometteuses de la photographie française contemporaine. Chacune de ses œuvres est unique et minutieusement travaillée, conférant à l'image une dimension presque sculpturale.
À partir de photographies, elle gratte délicatement la surface au scalpel ou à la fraise de dentiste, faisant émerger le blanc du support comme on exhume une mémoire enfouie. Un geste chirurgical qui révèle formes, textures et présences latentes, donnant une nouvelle lecture aux paysages et milieux naturels qu’elle capture et qui deviennent alors un espace mental, un fragment de monde arraché au réel et réinterprété par la main.
Dans la province de León, le paysage de Las Médulas conserve la mémoire visible d'une transformation radicale. C'est là que les Romains ont appliqué la technique connue sous le nom de « ruina montium » : un système hydraulique sophistiqué grâce auquel l'eau, acheminée par des galeries creusées dans la roche, provoquait l'effondrement de la montagne pour en extraire l'or. La pression de l'eau ouvrait la terre de l'intérieur et modelait le relief, laissant un territoire profondément marqué par l'action humaine.
Des siècles plus tard, d’autres processus ont de nouveau façonné ce paysage. Les récents incendies ont consumé la végétation qui recouvrait les versants, mettant à nu la matière minérale et révélant, comme lors d’une fouille involontaire, les formes héritées de l’histoire.
Et les flammes sont venues brûler le passé, scratching on photograph, 100 x 240cm., 2026
C'est sur ce territoire modelé par l'eau et révélé par le feu que Raphaëlle Peria (Amiens, France, 1989) — artiste française actuellement en résidence à la Casa de Velázquez — situe sa recherche artistique. Bien que ses images partent de la photographie, son geste s'éloigne de l'enregistrement documentaire.
À la surface des tirages, l’artiste gratte, efface et dessine, intervenant sur la matière photographique pour faire émerger des formes latentes. L’image cesse alors d’être un simple support de représentation et devient un champ d’exploration où le paysage semble continuer à se transformer.
La pépite sous les cendres, scratching on a printed photograph on gold-colored paper, 40 x 30cm., 2026
Dans cette série, Raphaëlle Peria introduit également des photomontages dans lesquels apparaissent des pépites d’or. Ces présences discrètes évoquent la mémoire minière du lieu et fonctionnent comme un geste symbolique : là où la montagne a été ouverte pour en extraire la richesse, l’artiste semble rendre ces éclats à l’image, déplaçant le sens de l’extraction vers une forme de restitution poétique.
Entre l'érosion de l'eau, les traces du feu et l'intervention patiente de l'artiste sur la photographie, le paysage apparaît comme une stratigraphie des temps et des matières. Chaque image se construit ainsi comme une surface où se superposent mémoire géologique, histoire humaine et geste artistique. En dialogue avec le thème du festival, « Réimaginer », l’œuvre invite à reconsidérer le paysage non pas comme une forme figée, mais comme un territoire ouvert à de nouvelles lectures et à de nouvelles imaginations.