Recherche Scientifique Résident

Grégory Reimond

Doctorant en histoire contemporaine

Mots clés : Pierre Paris, archéologie, histoire de l’art, beaux-arts, réception de l’Antiquité, hellénisme, hispanisme, culture ibérique, histoire croisée, réseaux savants, correspondances, transnational, Bordeaux, Grèce, Espagne, École française d’Athènes, Casa de Velázquez
 

Type de résidence

Membre de l'EHEHI

Période de résidence 

En résidence de septembre 2020 à juillet 2021

Projet de recherche à la Casa de Velázquez

Résumé du projet

Titre du projet : «  Pierre Paris (1859-1931), pour une biographie intellectuelle »

Le projet de recherche de Grégory Reimond est celui d’un historien-biographe dont le travail s’apparente à celui de l’archéologue : il cherche à réaliser une coupe stratigraphique de l’individu choisi, l’archéologue et historien de l’art Pierre Paris, de façon à révéler les couches – qui sont autant de tranches de vie – accumulées tout au long de sa carrière. Leur ensemble forme sa trajectoire scientifique et une œuvre dont nous sommes les héritiers et les continuateurs.

S’engager dans une thèse ayant pour objet l’étude d’une vie de savant, c’est partir d’un présupposé : ce sont avant tout les hommes qui font l’histoire. Discréditée par les critiques de l’école des Annales et du structuralisme, la biographie historique a connu un retour en grâce depuis les années 1980. Cette renaissance s’est accompagnée d’un « nettoyage » théorique et méthodologique : bien loin des vies de savants chères au XVIIIe siècle, la micro-histoire a favorisé un renouveau fondé sur l’idée que l’approche individuelle, et donc le cas particulier, permettait à l’historien d’approcher la réalité historique à travers un jeu d’échelle qui part du spécifique et suggère de possibles montées en généralité. Pour reprendre l’image de Marc-Antoine Kaeser, « le personnage retenu peut être assimilé à un “œilleton” : l'œil rivé sur cet œilleton, le biographe peut orienter sa visée bien au-delà du personnage, de manière panoramique » (Sciences humaines. Revue d’histoire des sciences humaines, 8-1, 2003, p. 144).

Dans le domaine de l’histoire des disciplines et des savoirs, ainsi que de l’historiographie, cette approche peut se révéler d’une grande richesse. Pour qui s’intéresse à l’histoire de l’archéologie aux XIXe et XXe siècles, entreprendre de retracer le parcours intellectuel d’un savant comme Pierre Paris permet de voir comment cette discipline s’est progressivement construite jusqu’à devenir une science autonome, tout en restant friande d’interdisciplinarité. Il ne s’agit en aucun cas de basculer dans l’anecdotique : l’historien ne peut se satisfaire d’un récit biographique linéaire qui, à la manière d’un almanach, présenterait peu d’intérêt. En revanche, la biographie peut lui permettre d’étudier les relations dynamiques qui s’établissent entre son objet d’étude et des contextes culturels, scientifiques, politiques, sociaux et même économiques en perpétuelle évolution.

L’étude de ces interactions doit être au cœur de la démarche. Le travail de l’historien biographe est d’abord de repérer les tournants, les points de rupture, les moments où la vie et la carrière d’un homme prennent un autre chemin. C’est l’ensemble de ces choix individuels qui, mis en relation avec les différents contextes dans lesquels ils s’opèrent, permettront, in fine, de retracer le parcours intellectuel d’un homme et de son époque. Mais l’élaboration du discours scientifique n’étant jamais l’affaire d’un seul homme, une biographie intellectuelle ne peut faire l’économie d’une démarche prosopographique et d’une analyse de réseaux.

À l’interface entre l’histoire des savoirs et des disciplines, la sociologie, l’épistémologie, l’historiographie, l’histoire culturelle et l’histoire économique et sociale, la biographie intellectuelle trouve donc bien sa place dans l’atelier de l’historien. Elle participe de cette « archéologie des savoirs », telle que Pascal Payen l’a définie (Anabases 1, 2005, p. 9-11).

En somme, ce projet de thèse allie deux approches complémentaires. D’une part, l’écriture d’une biographie intellectuelle, dans une perspective qui est celle de l’histoire culturelle. D’autre part, l’étude de l’œuvre de Pierre Paris, dans la perspective historiographique de la réception de l’Antiquité et des conditions de production des savoirs. Ce travail vise donc à étudier les différentes tranches de vie qui composent sa carrière et impliquent des contextes variés, à les faire dialoguer afin de comprendre dans quelle mesure la trajectoire de Pierre Paris se nourrit de ces expériences et milieux successifs, une approche qui tient de l’histoire croisée dans une perspective transnationale et de celle de l’archéologie des savoirs. Il ne s’intéresse pas seulement à la figure de l’hispaniste, mais aussi à l’helléniste, à l’historien de l’art, au professeur, à l’administrateur, pas seulement à l’homme mais aussi à ses environnements. Ce travail se propose en particulier de relire le parcours et l’œuvre de l’hispaniste au regard de son itinéraire d’helléniste en cherchant à comprendre ce qu’a produit cette rencontre. Cette recherche s’appuie sur des sources complémentaires : les publications de Pierre Paris, des archives institutionnelles et des archives privées. Parmi elles, certaines ont pris une importance particulière dans ce travail : il s’agit de la correspondance de Pierre Paris.

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