La conseillère de la Culture et du Sport de la Junta de Andalucía, Patricia del Pozo, et la directrice de la Casa de Velázquez, Nancy Berthier, ont signé un accord de collaboration visant à encourager la recherche, la documentation et la diffusion du Conjunto Arqueológico de Baelo Claudia, situé dans la commune gaditaine de Tarifa. Cet accord, d’une durée de quatre ans et renouvelable pour quatre années supplémentaires, entend également rendre hommage et faire connaître, auprès des chercheurs comme du grand public, l’héritage de l’archéologue français Pierre Paris, fondateur et premier directeur de la Casa de Velázquez, qui mena les premières fouilles scientifiques à Baelo Claudia lors de quatre campagnes en 1917, 1918, 1919 et 1921.
L’accord prévoit notamment la mise en œuvre conjointe d’activités scientifiques et académiques ; le développement de projets de recherche sur le site et la publication de leurs résultats dans des revues et maisons d’édition reconnues ; la diffusion de la documentation textuelle et graphique existante sur Baelo Claudia au moyen d’un répertoire et d’une plateforme documentaire numérique en libre accès ; l’organisation d’expositions temporaires ; la coopération interbibliothèques, ainsi que la modification de la dénomination de certains espaces emblématiques du site.
Patricia del Pozo a souligné « l’importance de la collaboration entre centres culturels pour optimiser la recherche, la diffusion et la préservation du patrimoine archéologique », tout en remerciant la Casa de Velázquez pour « son engagement de longue durée en faveur de la connaissance et du renouvellement des approches de recherche sur la ville‑fabrique de Baelo Claudia, l’un des meilleurs exemples d’urbanisme romain de la péninsule Ibérique, ainsi que l’un des sites qui conserve le mieux les systèmes antiques d’exploitation halieutique et de production de salaisons ».
Pour sa part, la directrice de la Casa de Velázquez, Nancy Berthier, a exprimé sa satisfaction de voir aboutir les efforts entrepris pour renouveler l’accord avec la Junta et le CABC, à l’approche du centenaire de la Casa de Velázquez en 2028. Au cours des quatre prochaines années, cette coopération hispano‑française, qui remonte à plus d’un siècle, sera célébrée tout en donnant naissance à de nouveaux projets de recherche innovants sur un site emblématique pour les communautés scientifiques espagnole et française.
22 000 documents en libre accès
Parmi les actions de collaboration figure l’engagement des deux parties à diffuser l’ensemble de la documentation textuelle et graphique disponible sur Baelo Claudia, réunie dans le répertoire élaboré par la Casa de Velázquez, le Centro Documental de Arqueología y Patrimonio (CeDAP) de l’Universidad Autónoma de Madrid et l’Institut de Recherches en Architecture Antique de l’Université de Pau et des Pays de l’Adour (IRAA), dans le cadre du projet CollEx Persée « Archives Baelo » (2020‑2022, dir. Casa de Velázquez, financement Collection d’Excellence‑Persée).
Ce répertoire en libre accès rassemble aujourd’hui 22 000 documents inventoriés, numérisés et dotés de métadonnées, provenant des archives de la Casa de Velázquez (14 000 documents) et de l’IRAA de Pau (8 000 documents). Dans le cadre de cette collaboration, sera également menée l’élaboration et la publication du catalogue en ligne des fonds bibliographiques et documentaires du Conjunto Arqueológico.
Outre la promotion de la présence de chercheurs et de bibliothécaires de la Casa de Velázquez sur le site archéologique — et inversement —, des projets de recherche seront développés sur le site du Campo de Gibraltar, avec la participation d’experts issus des missions archéologiques sélectionnés chaque année par la Commission des fouilles de la Casa de Velázquez.
Par ailleurs, plusieurs espaces du musée de site du Conjunto Arqueológico seront renommés en référence à des découvertes ou à des chercheurs associés aux travaux de la Casa de Velázquez à Baelo Claudia. Ainsi, la salle d’actes portera désormais le nom de Pierre Paris, en hommage à l’archéologue qui impulsa la première mise au jour des vestiges de la cité hispano‑romaine. La bibliothèque prendra quant à elle le nom de Claude Domergue, en hommage à celui qui, sous la tutelle scientifique de la Casa de Velázquez, relança les fouilles en 1966.
Les deux institutions ont également convenu de coorganiser une rencontre scientifique internationale ouverte à tous les publics sur les recherches menées par la Casa de Velázquez, ainsi que des séminaires et autres manifestations scientifiques spécialisées, dont au moins l’une sera consacrée à un hommage à Pierre Paris et à son époque. Une exposition temporaire sera également organisée au musée de site du Conjunto Arqueológico, dédiée aux travaux de recherche de la Casa de Velázquez.
Enfin, l’accord inclut une annexe budgétaire prévoyant une dotation de 25 000 euros de la part de la Consejería de Cultura y Deporte et de 28 000 euros de la part de la Casa de Velázquez.
Fouilles archéologiques
Du point de vue archéologique, la ville romaine de Baelo Claudia, située sur le territoire de Tarifa (Cadix), au sein du Parc naturel du Détroit, se distingue par son remarquable état de conservation. Elle constitue l’un des meilleurs exemples connus d’urbanisme romain dans la péninsule Ibérique. Certains édifices datent de l’époque d’Auguste (31 av. J.‑C. – 14 apr. J.‑C.), mais la majorité fut construite sous le règne de Claude (41‑54 apr. J.‑C.). Le centre monumental, où se trouvent le forum et les bâtiments administratifs, semble avoir été édifié d’un seul tenant, selon un axe perpendiculaire au rivage. La ville connut une grande prospérité durant le Haut‑Empire grâce à la production de conserves et de salaisons, à l’origine de la célèbre sauce garum, exportée dans tout l’Empire. Au IIIᵉ siècle apr. J.‑C., elle fut gravement touchée par un séisme‑raz‑de‑marée, mais un petit noyau de population subsista jusqu’au début du VIIᵉ siècle, date de son abandon définitif.
Lorsque, en juin 1917, l’archéologue français Pierre Paris (Rodez, 1859 – Madrid, 1931), avec la collaboration de George Bonsor, entreprit les premières fouilles scientifiques à Baelo Claudia, les chercheurs mirent au jour les vestiges d’une cité prospère, construite selon les canons classiques de Rome, suivant un projet urbanistique planifié et rationnel. Ces travaux, menés lors de quatre campagnes (1917, 1918, 1919 et 1921), permirent d’excaver la porte orientale de la ville, le capitole, le théâtre, une partie du forum, un vaste secteur du quartier méridional — zone industrielle — et une grande partie de la nécropole orientale. La collaboration hispano‑française reprit en 1966, sous la double direction de Claude Domergue et Manuel Pellicer, introduisant des méthodes modernes de fouille stratigraphique dans le centre monumental.
Ces travaux furent pionniers dans le domaine de l’archéologie en Espagne, constituant le premier projet archéologique international mené dans la péninsule Ibérique et l’un des plus importants de l’archéologie hispano‑romaine.