Julie Lavielle
Science politique
Type de résidence
Membre de l'EHEHI
Période de résidence
En résidence de septembre 2020 à juillet 2021
Projet de recherche à la Casa de Velázquez
Résumé du projet
Titre du projet : « Voir le conflit au musée. Une étude des rapports ordinaires au passé au Pays basque. »
Ce projet prolonge les recherches que j’ai menées dans le cadre de ma thèse de science politique portant sur les mobilisations sociales autour des musées de la mémoire et des mémoriaux en Colombie. Il étudie ainsi les liens entre les mises en récit du passé conflictuel basque et espagnol divulguées au sein de plusieurs lieux de mémoire au Pays basque et les rapports au passé des visiteurs. L’originalité du projet est qu’il s’intéresse aux rapports ordinaires au passé (Dos Santos & Lavabre, 2017), c’est-à-dire aux mémoires des acteurs qui ne sont pas des entrepreneurs de mémoire, des militants ou des professionnels de l’histoire. Ce choix a pour objectif de dénouer deux grandes questions de recherche qui sont importantes tant du point de vue scientifique que social.
La première est l’existence d’une « mémoire mondialisée » (Rousso, 2007) qui se traduirait par une homogénéisation dans le monde des valeurs (la compassion, le respect des droits de l’homme) et des pratiques (la commémoration, le recueillement). Cette mémoire mondialisée peut se voir au Pays basque comme en Colombie, où les divisions liées aux conflits passés semblent se fondre dans la figure universelle de la victime et la « culture de la paix ». Dans une perspective de sociologie de la mémoire, ce projet explore les décalages et les recoupements entre les souvenirs collectifs et individuels du passé et les mises en récit publiques des passés douloureux qui tendent à se standardiser.
La question des différents ordres moraux et des principes de jugement qui organisent la répartition entre la paix et la violence est également au cœur de ce projet. J’ai commencé à étudier cette question en Colombie, où j’ai montré que même si la douleur des victimes et la construction de la paix semblent être des impératifs à l’échelle nationale, la violence peut être localement perçue comme fatale et reste parfois justifiée par les habitants lorsqu’elle est exercée à des fins considérées comme justes. Le cas du Pays basque est particulièrement intéressant pour poursuivre cette étude car la condamnation ferme de la violence fait encore débat (Baby, 2016). Interroger les publics des lieux de mémoire est ainsi une stratégie de recherche qui permet saisir ces tensions qui innervent la société basque quant à son passé et quant aux modalités de construction et de fonctionnement de la paix.