Arnaud Bartolomei
Maître de conférence en histoire moderne et contemporaine
Mots clés : Atlantique hispanique ; Mexique ; XVIIIe-XIXe siècle ; commerce à distance ; commerce colonial ; impérialisme
Type de résidence
Membre de l'EHEHI
Période de résidence
En résidence de septembre 2020 à juillet 2021
Projet de recherche à la Casa de Velázquez
Résumé du projet
Titre du projet : « Après l’Empire. La disparition de la Carrera de Indias et la reconfiguration des échanges commerciaux entre le Mexique et l’Europe (vers 1750-vers 1840) »
Après avoir soutenu une thèse sur l’histoire de la colonie marchande française de Cadix à la fin du XVIIIe siècle, Arnaud Bartolomei a orienté ses recherches vers l’étude des pratiques et des institutions du commerce à distance dans l’Europe préindustrielle. Il a coordonné dans ce cadre différents projets sur les figures de l’intermédiation marchande (les commis voyageurs, les consuls, les courtiers), ainsi que sur les pratiques, les instruments et la matérialité des échanges marchands (la correspondance, le rôle des actes notariés, l’établissement de relations de confiance). En parallèle, il a également continué à travailler sur le statut des étrangers dans l’Europe moderne et sur les formes d’encadrement de leurs mobilités, en retenant l’Espagne comme terrain d’observation privilégié.
Son projet de recherche actuel est centré sur l’étude des circuits, des institutions et des réseaux du commerce international dans l’Atlantique hispanique durant la période 1750-1840 et propose, en premier lieu, de discuter l’idée que l’Amérique hispanique serait passée de la domination impériale formelle de l’Espagne à celle, informelle, des puissances européennes (le Royaume-Uni et la France en premier lieu). Le choix a été fait de placer la focale sur les échanges liant l’Europe au Mexique, afin d’étudier au plus près l’impact des indépendances américaines sur les dynamiques commerciales à l’œuvre dans l’Atlantique hispanique. L’analyse est plus précisément attentive aux circuits commerciaux structurant cet espace aux deux périodes considérées (avant et après la proclamation de l’indépendance du Mexique en 1821), aux groupes d’acteurs marchands qui les animaient et aux institutions qui assuraient la régulation de ces échanges durant la période coloniale (consulados, Casa de la Contratación, Consejo de Indias) et durant les premières décennies du XIXe siècle (consulats et légations étrangères au Mexique, chambres de commerce en Europe, etc.). Ce faisant, l’objectif est de mieux cerner les logiques institutionnelles, relationnelles et capitalistiques qui déterminaient le partage de la valeur ajoutée et des profits commerciaux dans une économie atlantique précocement mondialisée et de parvenir ainsi à une meilleure compréhension des dynamiques qui ont accompagné, ou freiné, la globalisation de l’économie mondiale à une période charnière de son histoire.
Les premiers résultats obtenus amènent à défendre l’hypothèse que le profit marchand dans les économies préindustrielles, que ce soit en contexte colonial ou non-colonial, était largement lié à la capacité des acteurs à créer des conditions monopolistiques d’accès aux marchés. Ils mobilisaient pour cela des ressources institutionnelles et relationnelles adaptées au contexte politique et commercial plus général. Á équidistance des approches économiques classiques, qui réduisent les marchands à des agents mus par leurs seuls intérêts individuels, et des théories mercantilistes, qui en font des acteurs des politiques commerciales mises en œuvre par leurs autorités de tutelle, ces travaux montrent comment s’articulaient les stratégies individuelles et collectives des acteurs du commerce à distance pour créer les conditions ordinaires du profit marchand.