Recherche Scientifique Résident

Mélanie Juste

Agrégée d’espagnol

Mots clés : Humanisme ; Jean II de Castille ; Alfonso de Madrigal, el Tostado ; Université de Salamanque ; XVe siècle ; histoire intellectuelle ; histoire des universités ; édition critique ; philologie ; amour ; amitié ; philosophie médiévale.
 

Type de résidence

Membre de l'EHEHI

Période de résidence 

En résidence de septembre 2015 à juillet 2016

Projet de recherche à la Casa de Velázquez

Résumé du projet

Titre du projet : « Le Breuiloquium de amore et amicitia d’Alfonso de Madrigal, dit « El Tostado » : étude et édition critique. »

Lorsqu’il entreprend de composer son Breuiloquium de amore et amicitia, Alfonso de Madrigal, dit « El Tostado » (1410-1454) ne se contente pas de satisfaire la demande du roi Jean II de Castille de commenter une sentence attribuée à Platon mais il offre une véritable synthèse des conceptions classiques et chrétiennes sur l’amour dans toutes ses formes (amour spirituel, familial, charnel, concupiscent…) et sur l’amitié (amitié vertueuse, amitié politique). Cette synthèse résulte de la juxtaposition d’exercices académiques et des enseignements du Tostado à la Faculté des Arts de Salamanque et nous renseigne ainsi sur le contenu des enseignements universitaires à la fin du Moyen Âge en même temps qu’elle rend compte de la diffusion de la culture universitaire au sein de la cour et dans les milieux lettrés où se forge le premier humanisme castillan au XVe siècle.

La plus grande partie de notre travail consiste à réaliser l’édition critique, à partir des deux manuscrits conservés, de cette œuvre, restée jusqu’à aujourd’hui totalement inédite puisqu’elle ne figure pas dans les différentes éditions des opera omnia du Tostado. L’établissement du texte lui-même doit être complété par son annotation, étape essentielle pour un texte érudit de ce type. Il s’agit en effet d’analyser toutes les sources et de les comparer aux versions latines conservées à la bibliothèque de l’Université de Salamanque. Ce travail présente donc un enjeu philologique de taille, puisqu’il permettra de réaliser la seule édition critique conjointe des versions latine et castillane du traité.

Il nous faut également déterminer si la version castillane du Breuiloquium est une traduction ou une auto-traduction, comme le prétend le prologue, et situer cette entreprise dans l’histoire de la traduction, à une époque où ce phénomène acquiert une importance considérable. Cela s’avère d’autant plus intéressant qu’Alfonso de Madrigal a exposé sa conception de la traduction dans la traduction espagnole commentée de la préface des Chroniques d’Eusèbe. Il est donc fondamental d’analyser précisément cette conception de la traduction et surtout de la confronter à sa mise en pratique dans l’élaboration de la version castillane.

En outre, cet ouvrage nous renseigne sur le contenu des enseignements universitaires à la fin du Moyen Âge et leur diffusion à l’extérieur de l’université, grâce, notamment, à sa traduction en langue vernaculaire. Il s’agit dès lors de s’interroger sur les raisons de la diffusion d’un tel savoir dans le milieu courtisan et sur la réception d’une œuvre d’une telle nature dans ce même milieu. En effet, le savoir qu’elle véhicule (notamment la théorie naturaliste de l’amour) entre en conflit avec les conceptions aristocratiques de l’amour et l’amitié, relayées par les textes littéraires et les pratiques de cour. Il a donc pu être perçu dans ces milieux comme un texte iconoclaste, ce qui expliquerait en partie son éventuelle mise à l’écart pendant des siècles.