Mathieu Aguilera
Histoire contemporaine
Mots clés : État, XIXe siècle, recensements, statistique publique, enquêtes sociales, catégories sociales, Espagne, Cuba (1837-1898).
Type de résidence
Membre de l'EHEHI
Période de résidence
En résidence de septembre 2013 à juillet 2015
Projet de recherche à la Casa de Velázquez
Résumé du projet
Titre du projet : « Compter les Espagnols. Etat libéral, administration locale et recensements de population dans l’Espagne de la seconde moitié du XIXe siècle.»
Ma thèse porte sur la réalisation des premiers recensements de population « modernes » entrepris par l’État espagnol dans la seconde moitié du XIXe siècle. L’objectif n’est pas de discuter encore une fois la « fiabilité » ou la « réussite » de ces enquêtes successives, mais bien de questionner leur élaboration théorique et pratique, tout autant que les multiples résistances qu’elles ont pu susciter dans divers secteurs de la société. Nous plaçons donc au cœur de l’étude la multiplicité des enjeux et stratégies qui sont à l’œuvre dans cette opération de connaissance, sa réception et ses usages. Menés de manière simultanée et répétée à l’échelle du territoire péninsulaire à partir du Censo general de población de 1857, plusieurs recensements de la période visent également les provincias de ultramar (Cuba, Porto Rico, Philippines), dans un contexte de redéfinition du pacte colonial. Dès lors que l’on prend la peine de démêler l’écheveau des multiples acteurs impliqués dans la collecte de données numériques et qualitatives sur les habitants d’un territoire fragmenté, se dessine alors les contours d’une pratique de gouvernement à distance.
A partir de l’examen approfondi d’une sélection de fonds provinciaux et municipaux - en péninsule et outre-mer - venant compléter les sources de l’administration centrale et de l’Instituto Geográfico y Estadístico, on cherchera à reconstituer la « chaîne statistique » telle qu’elle fonctionne lors des opérations successives de recensement des populations, depuis les dénombrements réalisés sur la Siempre fiel Isla de Cuba dans les années 1840, jusqu’au censo general de 1900 en Péninsule. Cela afin de mettre à jour certains des fonctionnements locaux de l’administration et du gouvernement des populations, à l’âge de « l’enthousiasme statistique », de la quantification et de la classification des faits sociaux et des personnes. L’approche multiscalaire adoptée doit permettre de confronter le projet d’État porté par une partie des élites gouvernementales à la diversité des ensembles juridiques, politiques et sociaux de l’Espagne isabéline et de la Restauration. En outre, en envisageant conjointement dénombrements coloniaux et dénombrements péninsulaires, nous nous proposons de mettre à l’épreuve la notion d’ « Etat impérial », en questionnant les éventuelles circulations de savoirs sur la population à l’échelle du « deuxième empire » espagnol.