Charlotte Ortiz
Études Hispaniques et Hispano-Américaines
Mots clés : pérégrination ; tour du monde ; histoire connectée ; administration ; évangélisation ; mobilité ; réseaux ; autopromotion ; expertise ; circulation des savoirs ; stratégie ; géopolitique
Type de résidence
Membre de l'EHEHI
Période de résidence
En résidence de septembre 2021 à juillet 2022
Projet de recherche à la Casa de Velázquez
Résumé du projet
Titre du projet : La pérégrination de Pedro Ordóñez de Ceballos ou la promotion d’une expérience à l’échelle globale dans l’historiographie ibérique du XVIIe siècle
Les recherches de Charlotte Ortiz portent sur la pérégrination autour du monde de Pedro Ordóñez de Ceballos (v.1555-v.1635). Ce projet consiste à analyser la façon dont sa trajectoire illustre les mécanismes visant la maîtrise de territoires mis en place par la Monarchie catholique autant qu’elle signale les espaces capables de susciter sa convoitise et les difficultés à en obtenir le contrôle. Cet Espagnol originaire de Jaén se vante d’avoir effectué un tour et demi du monde en l’espace de trois décennies et s’évertue à partager cette expérience auprès des lecteurs de son ouvrage autobiographique Viaje del mundo, publié à Madrid chez Luis Sánchez en 1614. Dans ce récit à la première personne, Ceballos fait état d’un périple autour du globe qui lui fournit de multiples opportunités de participer à l’entreprise coloniale menée par la Monarchie catholique à la charnière entre le XVIe et le XVIIe siècles tout en expérimentant physiquement les conséquences géopolitiques de l’Union des deux Couronnes.
La pérégrination de Ceballos se prête à une histoire connectée : cet agent de la Couronne éprouve les limites de la monarchie en se trouvant notamment confronté aux Cimarrones et aux Indiens Pijaos en Nouvelle-Grenade ainsi qu’en étant témoin de la révolte liée à l’alcabala à Quito. Le travail de Charlotte Ortiz travail vise à interroger cette captation des enjeux sociaux, religieux et économiques, révélée à travers la vision que Ceballos propose de son implication dans des espaces de conflit dans un but de promotion individuelle. L’un des objectifs poursuivis est d’observer comment ce voyageur à la carrière polymorphe met en lumière les mécanismes de l’administration coloniale, et notamment la laxité du maillage impérial qui se déploie progressivement sur plusieurs continents. Il est à noter que la diversité des espaces parcourus va de pair avec celle des fonctions incarnées, parfois de manière simultanée, puisqu’au cours de son existence Ceballos acquiert, d’après son propre récit, une expérience en tant qu’alguacil, alférez, capitán, veedor, visitador, gobernador avant de devenir prêtre. Son itinéraire renvoie ainsi à une communauté de destins permettant d’éprouver la marge de manœuvre qui caractérise la pratique pastorale en Amérique et en Asie à la charnière entre le XVIe et le XVIIe siècles.
Or, le parcours de cet homme au statut de moyenne envergure qui s’évertue à construire sa carrière suppose l’apport d’éléments nouveaux en mesure d’éclairer le contexte social et culturel dans lequel il tente de s’intégrer. Au fil des pages, c’est non seulement une figure exemplaire qui se dessine mais également celle d’un expert des confins. S’il n’est pas le seul à mener une carrière polyvalente autour du globe, il se démarque par la diversité des stratégies employées pour la valoriser et par un réseau de solidarité dont la nature et l’influence n’ont pas encore été mesurées. La première publication de Viaje del mundo en 1614 semble de ce point de vue ne pas avoir suffi à satisfaire les ambitions de son auteur, puisqu’en parallèle de démarches administratives, il s’évertue jusqu’à la fin de ses jours à déployer une constellation d’œuvres ayant trait à sa pérégrination. Ces dernières, allant du récit autobiographique au traité religieux en passant par le théâtre et la relación de méritos sont fortement influencées par le séjour qu’il affirme avoir effectué en Cochinchine. Si les Portugais nouent des relations commerciales avec ce royaume dès le début du XVIe siècle, la définition de ses limites demeure incertaine lorsque Ceballos affirme en atteindre les côtes à la fin du siècle à la suite d’une tempête. Il semble alors bénéficier d’une grande liberté d’action qu’il convient de questionner, car la Cochinchine devient sous sa plume le lieu idéal pour la fabrique du prestige. Les écrits de Ceballos invitent ainsi à réfléchir au poids accordé à cet espace, aussi bien par les autorités administratives de la monarchie que par les différents ordres religieux présents dans la région dès la fin du XVIe siècle. Ses tribulations en Asie exigent d’interroger un Pacifique sujet de tensions entre les Espagnols et les Portugais auxquelles l’Union Ibérique est loin d’avoir mis fin. Il apparaît nécessaire dans le cadre de cette thèse d’accorder une attention particulière à la façon dont l’expérience de Ceballos et les stratégies auquel il recourt pour la promouvoir permettent d’estimer le poids de l’Asie et de ses différentes régions dans la politique internationale de l’Union Ibérique ainsi que dans les entreprises missionnaires menées autour du globe.