Recherche Scientifique Résident

Pauline De Keukelaere

Doctorant en  Histoire de l’Art et Archéologie 

Mots clés : Archéologie ; Occident musulman ; Almoravide ; Almohade ; histoire militaire ; armement ; métallurgie ; instrumentum

Type de résidence

Membre de l'EHEHI

Période de résidence 

En résidence de septembre 2019 à juillet 2020

Projet de recherche à la Casa de Velázquez

Résumé du projet

Mes recherches portent sur l’équipement militaire utilisé du temps des deux empires berbéro-andalous, almoravide puis almohade, qui dominèrent une grande partie de l’Occident musulman entre le XIe et le XIIIe siècle. Elles se donnent pour objectif de dresser un inventaire des armes, défensives et offensives, en croisant vestiges matériels, sources textuelles et iconographiques, d’en préciser les modes de fabrication et d’apporter un nouvel éclairage sur les transferts d’usages et de techniques entre le Maghreb Extrême, al-Andalus et les royaumes chrétiens du nord de la péninsule Ibérique.

Ce travail se fonde en premier lieu sur l’étude de l’armement issu des fouilles menées depuis 2009 à Albalat et Igiliz. Ces deux sites offrent en effet un large éventail de pièces archéologiques qui viennent éclairer notre connaissance de la culture matérielle militaire pour la fin de la période almoravide et le début de l’époque almohade. 
Mais le mobilier archéologique n’est représentatif, dans sa grande majorité, que d’une catégorie spécifique de la panoplie militaire (les fers de trait), il est donc primordial de recourir à d’autres sources d’informations pour dresser un tableau plus complet de l’équipement utilisé entre le XIe et le XIIIe siècle.

Les textes tout d’abord, arabes et latins, apportent des informations de natures différentes. Les chroniques historiques chrétiennes et les chansons de gestes évoquent à de nombreuses reprises les faits de guerre. Il nous est aussi parvenu le témoignage précieux de certains acteurs qui ont participé directement à des évènements majeurs. Tel est le cas des Mémoires du dernier roi ziride de Grenade, ‘Abd Allâh b. Buluqqîn, qui a assisté à l’arrivée des Almoravides en al-Andalus dans le dernier quart du XIe siècle, ou encore du Livre des faits de Jaume Ier, roi d’Aragon, qui consacre un long passage à la conquête de Mâdinat Mayûrqa, prise aux Almohades en 1228. 
L’iconographie vient compléter le corpus. Elle comble en partie les lacunes des sources médiévales et apporte des informations précieuses sur la gestuelle guerrière. Les représentations en contexte musulman sont assez rares, même s’ils existent quelques exceptions à l’aniconisme ambiant. À l’inverse, l’art roman et gothique ont largement eu recours aux thématiques guerrières, notamment dans la production scripturaire monastique et dans l’architecture civile et religieuse. 
Enfin, un autre volet novateur de cette recherche s’intéresse aux modes de production de ce mobilier. En effet, la découverte sur plusieurs sites archéologiques de secteurs ou de quartiers artisanaux dédiés aux opérations métallurgiques offre en effet la possibilité d’appréhender une activité encore très mal documentée pour l’Occident musulman médiéval.

Le déroulement du conflit entre les empires berbéro-andalous et les royaumes chrétiens, est désormais bien connu puisqu’il a notamment fait l’objet d’un renouvellement historiographique récent. Néanmoins, la question plus spécifique de son impact sur la culture matérielle militaire n’a pas été suffisamment éclairée.
À terme, mes recherches se donnent donc pour objectif de contribuer à l’étude des cultures guerrières, notamment sur le versant matériel, et d’analyser leur évolution entre le XIe et le XIIIe siècle. L’étude typologique et comparative des vestiges archéologiques permettra de déterminer les caractéristiques des armes découvertes dans les sites péninsulaires au regard de la production des royaumes chrétiens du nord.

Publications disponibles sur HAL