Recherche Scientifique Résident

Sylvain André

Agrégé d’Espagnol

Mots clés : Juntes – Gouvernement – Philippe II – XVIe siècle – Histoire politique
 

Type de résidence

Membre de l'EHEHI

Période de résidence 

En résidence de septembre 2014 à juillet 2016

Projet de recherche à la Casa de Velázquez

Résumé du projet

Mon projet de doctorat porte sur la méthode gouvernentale employée par Philippe II à la fin de son règne. Plus particulièrement, il s’agit d’analyser l’implication d’une institution centrale créée à la fin des années 1580, connue sous le nom de Junta de Noche ou Junta de Gobierno. Ce nouvel organe, lequel réunissait un nombre très réduit de membres, eut pour charge de permettre à l’appareil administratif et bureaucratique de la Monarchie hispanique de s’adapter aux exigences politiques du temps. D’abord secrète, puis officialisée en 1593, au moment où s’ouvre la période de la succession, la Junta joua un rôle prépondérant dans le processus de rationalisation du gouvernement.

En effet, les comptes rendus qui émanent de ces réunions montrent toute l’importance accordée par ces hommes à l’information politique et à ses itinéraires jusqu’à la décision royale. La recherche constante d’information complémentaire, la prise de décisions intermédiaires visant à stimuler les grands Conseils de la Monarchie sont autant de techniques qui marquent un tournant dans la manière dont la société politique appréhendait le gouvernement. C’est en outre par ce biais que je m’intéresse aux stratégies gouvernementales à proprement parler. Car la gouvernementalité largement étudiée par l’historiographie récente comme un espace où s’élabore un vaste réseau de pouvoir lié à des enjeux interpersonnels commence aussi, à cette époque, à se constituer en véritable science. Ainsi, c’est tout un appareillage de techniques reposant sur le secret, sur la circulation et le déguisement de l’information politique, sur la brièveté, la dissimulation ou la temporisation de l’action que vont employer les principaux ministres de Philippe II. Or, ces stratégies, dont la typologie est extrêmement vaste, n’avaient pas nécessairement vocation à répondre aux exigences des grandes entreprises de politique étrangère, comme elle n’était pas non plus le laboratoire de pratiques politiques inavouables, mais constituaient le plus souvent un levier fondamental dans le traitement et la gestion des affaires quotidiennes.

Cet ensemble de réflexions et de recherches a donc pour finalité de définir au plus près ce que signifiait gouverner la Monarchie hispanique à une époque charnière, celle où se rejoignent le XVIe siècle, marqué par le développement et le perfectionnement de la bureaucratie et de l’appareil administratif, et le XVIIe siècle, lequel, sans se défaire de ces acquis, sera marqué par la résurgence de la figure du valido.

Toutefois, au-delà du domaine de l’action politique se trouve celui de la pensée. Jusqu’où peut-on conduire l’étude de l’un sans l’autre, et réciproquement ? C’est sur la base de ce questionnement que je conduirai l’autre grand versant de mon projet vers un travail de confrontation, ou du moins de mise en corrélation, entre les théories politiques soutenues à l’époque par les divers courants de la tratadística et leur vérification ou non au cœur d’une réalité gouvernementale où necessitas non habet legem.

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