Rirha (Sidi Slimane, Maroc)

Une ville antique et médiévale de la plaine du Gharb

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Implanté dans la plaine du Gharb (fig. 1), à environ 35 km du site antique de Volubilis et à 8 km au nord de Sidi Slimane (prov. de Sidi Slimane), le site occupe, sur la rive droite de l'oued Beht, une colline triangulaire artificielle – un véritable tell - d'une dizaine de mètres de hauteur, allongée d'est en ouest et enserrée par un méandre de l'oued (fig. 2).

Fig. 1 : Localisation du site de Rirha au Maroc (C.-A. de Chazelles).
Fig. 1 : Localisation du site de Rirha au Maroc (C.-A. de Chazelles).
Fig. 2. Plan général des vestiges du site de Rirha (S. Sanz).
Fig. 2. Plan général des vestiges du site de Rirha (S. Sanz).

Propriété du ministère de la Culture du Maroc, le site archéologique de Rirha est classé depuis 2001 (B.O. n° 4921 du 30 juin 2001). Ce gisement a été signalé dès la fin du XIXe siècle et partiellement fouillé dans les années 1920 et en 1955. Depuis 2004, il fait l'objet de nouvelles opérations archéologiques réalisées par une équipe mixte maroco-française.

Il s'agit d'un gisement important (10-11 ha) qui présente, au départ, une agglomération maurétanienne, fondée au VIe ou au Ve s. av. J.-C., qui reste occupée jusqu’à la fin de la période romaine (IV e s.), puis à nouveau à la période médiévale « islamique » entre le IXe et le XIVe s.; il fournit par conséquent une occasion rare d’étudier la formation et l’évolution de l’identité culturelle d’une population du Gharb sur la longue durée, depuis l’époque protohistorique jusqu’au Moyen Âge.

Acquis des campagnes d’investigations 2004-2016

Suite à une première campagne exploratoire en 2004, se sont succédé trois contrats quadriennaux de recherches, co-dirigés par Mohamed Kbiri Alaoui (INSAP) et Laurent Callegarin (de 2005 à 2012-Université de Pau et des Pays de l'Adour/Casa de Velázquez) puis, Claire-Anne de Chazelles (de 2013 à 2016-CNRS, UMR 5140, Montpellier). Ils ont considérablement fait évoluer les connaissances sur Rirha grâce à la combinaison d’une analyse globale du site et d’une étude minutieuse de certains secteurs clés que sont la partie occidentale du site, dans la boucle du méandre où se trouve le tell (Ensemble 5) (fig.3), et la zone de l'entrée présumée de l'agglomération romaine, à l'extrémité nord-est (Ensemble 1) (fig.4).

Fig. 3. Orthophotograhie de l’Ensemble 5 à l’issue de la campagne de 2016 (S. Sanz, C. Carrato).
Fig. 3. Orthophotograhie de l’Ensemble 5 à l’issue de la campagne de 2016 (S. Sanz, C. Carrato).
Fig. 3
Fig. 4. Orthophotograhie de l’Ensemble 1 à l’issue de la campagne de 2016 (S. Sanz, C. Carrato).

Les résultats des neuf premières années de recherche (2004-2012) viennent de paraître sous la forme d’une monographie éditée par la Casa de Velázquez.

À l’issue des douze campagnes de fouilles, une trame d’occupation a pu être établie :

  • l’occupation maurétanienne, bien appréhendée sur le tell, semble se développer sur une superficie encore indéterminée de l’espace entouré par le Beht et se compose de bâtiments en brique crue. Dans les niveaux les plus anciens ont été identifiés des artefacts datables au moins du VI e siècle av. J.-C. La transition avec la période "romaine" s'effectue graduellement, sans rupture chronologique. Il demeure une énigme historique : Rirha est-elle la cité de Gilda mentionnée par les textes (Alexandre Polyhistor apud. Etienne de Byzance) ? À l’heure actuelle, aucun élément déterminant n’a pu confondre le gisement de Rirha avec cette ville antique qui, d’ailleurs, est peut-être à rechercher davantage sur le site voisin de la Ferme Priou-Domaine du Beht (à 7,5 kilomètres au sud de Rirha).
  • la période romaine se caractérise par la mise en place d’une ville a priori plus étendue que l'agglomération maurétanienne. À cette période, le méandre est barré par un mur d'enceinte, muni d’au moins une porte monumentale, qui longeait l’oued du côté sud. Les structures bâties reconnues en différents points du site comprennent des domus dotées d’un décor luxueux, plusieurs édifices thermaux, une voierie, une installation de production, etc. Cette cité est abandonnée à la fin du III e-début du IVe s. ap. J.-C.
  • l’occupation médiévale « islamique » est précoce, selon la chronologie fournie par certaines céramiques (dès le IXe s.). Rirha peut être considéré comme un cas supplémentaire d’établissement qui, à l’instar de Volubilis, participe à la « renaissance » de la ville durant le haut Moyen-Âge. Le site est profondément remanié à la période almohade mais l’occupation se traduit principalement par de nombreuses fosses de grandes dimensions et plusieurs fours de potiers (XIVe s.).