La Silla del Papa (Tarifa, Cádiz)

Ville protohistorique et punique du détroit de Gibraltar

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Site clé de la rive nord du détroit de Gibraltar, prédécesseur de Baelo Claudia, l’oppidum de la Silla del Papa fut occupé pendant tout le premier millénaire avant notre ère, jusqu’à son abandon au début du règne d’Auguste. Sa longue histoire est marquée par des contacts successifs avec les Phéniciens, les Carthaginois et les Romains, sur un fond d’échanges continuels avec l’autre rive du Détroit.

Localisation du site de La Silla del Papa dans le Campo de Gibraltar.

Le site archéologique de la Silla del Papa se trouve à 4 km de la côte, sur le point le plus élevé d’une petite chaîne côtière, la Sierra de la Plata (457 m), qui ferme à l’ouest la baie de Bolonia. Son organisation spatiale du site est conditionnée par l'existence de deux barres rocheuses parallèles orientées nord-sud qui délimitent un étroit couloir de 420 m de long. La largeur de l'espace habitable entre les deux lignes de crête oscille entre 20 et 75 m, mais la zone occupée s’étendait bien au-delà, sur une douzaine d’hectares en tout, avec une densité moindre dans les secteurs extra muros.

Les faces des barres rocheuses qui regardent l'intérieur du site présentent des parois dressées, de cinq à vingt mètres de haut, qui ont été systématiquement mises à profit pour appuyer des maisons à plusieurs étages. En témoignent de nombreuses entailles, des plates-formes artificielles, des logements de poutres et des escaliers. Les prospections et les sondages déjà réalisés ont permis d'identifier plusieurs édifices : des maisons encastrées dans le rocher au cœur de l'agglomération, des murs de terrasse, et des tours quadrangulaires jalonnant une enceinte dont certaines parties étaient bâties selon la technique du mur à caisson.

Zone B de l’oppidum, vue aérienne depuis l’ouest. Le mur visible au premier plan est moderne. Photo : C. Calastrenc et N. Poirier.
Maison B3 appuyée au rocher. Photo : P. Moret.

La plupart des constructions visibles en surface appartiennent à la dernière phase de construction qui semble avoir profondément modifié l’organisation urbaine du site, sous domination romaine, entre 175/150 et 50/25 av. J.-C. Avant cela, la Silla del Papa avait connu une très longue occupation pendant tout l’âge du Fer, à partir d’une première installation datée entre le IXe siècle et le début du VIIIe siècle av. J.-C. Pendant ces huit siècles, le plan des rues et des maisons a changé au moins trois fois, et le mobilier archéologique indique des relations avec le monde colonial phénicien dans la première phase, puis avec le monde punique à partir du IVe siècle.

La nouvelle phase de recherches engagée en 2014 comportent trois volets principaux. Il s’agit d’abord d’élaborer à l’échelle du site un modèle numérique de terrain en 3D, grâce à des relevés photogrammétriques par corrélation dense. Un survol complet de l’oppidum est en cours de réalisation à l’aide du drone du programme Archéodrone de l’équipe TERRAE de TRACES. Cette technique est seule à même d’acquérir dans des délais rapides le relevé complet d’un site qui se caractérise par un environnement rocheux très accidenté.

À plus grande échelle, il s’agit ensuite de relever systématiquement les aménagements artificiels du rocher à l’intérieur de l’oppidum (entailles, encoches, logements de poutres, négatifs divers de structures en bois ou en maçonnerie) afin de disposer d’un modèle 3D de ces parois aménagées. Ce modèle permettra de faire un inventaire exhaustif des traces laissées par le bâti antique, y compris dans des endroits inaccessibles, d’en restituer la forme et d’en déduire l’organisation de l’habitat.

Enfin, deux fouilles ont commencé dans des secteurs où les éléments d’architecture sont les mieux conservés. L’une de ces fouilles (secteur B2) est implantée dans la partie la plus étroite du couloir rocheux médian, de façon à saisir sur une superficie limitée deux maisons en vis-à-vis et la rue qui les séparait. La campagne d’octobre 2014 a révélé que la maison qui s’adosse au rocher du côté Est de la rue axiale existe dès le premier âge du Fer.

Vue aérienne du secteur B2. Photo : C. Calastrenc et N. Poirier.

La seconde fouille (secteur D1) se situe sur une terrasse en contrebas de l’enceinte principale. Il s’agit selon toute vraisemblance d’une zone consacrée à des activités cultuelles, occupée par un petit nombre de bâtiments isolés. Au centre de la terrasse, le bâtiment D1 présente des caractéristiques monumentales qui le distinguent de tous les édifices reconnus jusqu’à présent sur le site. Les travaux réalisés en 2014 ont mis au jour sa dernière phase d’occupation, entre le VIIe et le IXe siècle de notre ère. Il s’agit alors d’une petite église, progressivement abandonnée après la conquête arabe. C’est à ce jour le seul cas avéré de réoccupation du site après son abandon à l’époque d’Auguste.

Vue aérienne du secteur B2. Photo : C. Calastrenc et N. Poirier.
Vue aérienne du secteur B2. Photo : C. Calastrenc et N. Poirier.