Violaine HÉRITIER-SALAMA

30 ans
Université Paris Nanterre (UPN)
Laboratoire d'Ethnologie et de Sociologie Comparative UMR 7186
Université Paris IV Sorbonne - Islam médiéval (Orient & Méditerranée - UMR 8167)
Mail : violaine.heritier@casadevelazquez.org 





Parcours universitaire et professionnel

Depuis 2014 : Thèse en Anthropologie, en préparation à Paris Nanterre (ED 395) : Irriguer depuis des millénaires. Approche anthropologique des savoirs sur l’eau dans la Plaine de Marrakech, direction F. Wateau (DR, LESC) ; codirection. J.-P. Van Staëvel (PU, Paris IV)
2015- 2016 : Chargée de cours au département d'Anthropologie de Paris Nanterre (CM d'Ethnobiologie L3 ; TD d'Histoire de l'Homme L1)
2014-2017 : Contrat doctoral de l'ED 395 « Milieux, Cultures et Sociétés du Passé et du Présent », Paris Nanterre
2011-2014 : Master recherche en Ethnologie générale (ethnographie de la pratique de l'irrigation dans un village de l’Anti-Atlas), Paris Nanterre
2012-2013 : CDD en archéologie préventive (technicienne de fouille), INRAP et Evéha
2011 : Enseignement du Français à l'Institut Français d'Egypte à Alexandrie (vacation)
2008-2010 : Master recherche en Archéologie (archéologie du bâti et étude historique d'un château médiéval sicilien), Paris IV - Sorbonne
2006-2011 : Licence de Langues Littératures et Civilisations Etrangères (LLCE) en Arabe (option FLE), Paris IV - Sorbonne
2005-2008 : Licence d'Histoire de l'Art - Archéologie (option archéologie), Paris IV - Sorbonne

Activités scientifiques

2016-2017 : Organisation des journées doctorales du LESC, Anthropologie critique et critique politique. Maison Archéologie et Ethnologie, Nanterre, 22-23 juin 2017
2015-2017 : Membre et co-porteuse du workshop Transe-AC - Transition sociale et environnementale : Alternatives et Communs, un projet européen et transdisciplinaire associant chercheurs et doctorants de Nanterre (LESC, LAVUE, ED 395), Lisbonne (Instituto di Ciências Sociai), et Valence (Facultad de Ciencias Sociales). Projet de la Maison de l'Archéologie et de l'Ethnologie 2015 ; suite du séminaire « Durabilité, alternatives et société » tenu à la Casa de Velázquez en 2014-2015. Colloque international de clôture du projet à Nanterre, 22-24 mars 2017.
2014-2017 : Interventions diverses en séminaires (Séminaire du laboratoire Islam médiéval (UMR 8167), Sorbonne et Colegio de España (Paris) ; séminaire de Master lettres arabes d'Y. Benhima, Univ. Sorbonne-Nouvelle Paris III ; séminaire transversal de l'ED 395, Univ. Paris Nanterre ; séminaire de Master archéologie de D. Valérian, Univ. Lumières Lyon I).
2012-2016 : Responsable de secteur sur la fouille du site almohade d’Igiliz (Anti-Atlas, Maroc), Mission archéologique dirigée par A. Fili (Univ. d'El Jadida, Maroc), A. Ettahiri (INSAP, Maroc) et J.-P. Van Staevel (Paris IV)
2011-2017 : Responsable de secteur sur la fouille de la ville médiévale d'Aghmat (Al Haouz, Maroc). Mission archéologique dirigée par A. Fili (Univ. d'El Jadida, Maroc), R. Messier (Université Vanderbilt, Tennessee, Etats-Unis) et C. Capel (Arscan)

Recherches en cours

Aghmat est une commune rurale dynamique de la plaine du Haouz, dans la région de Marrakech. Dans cette localité restée en dehors des grands projets hydrauliques et relativement peu marquée par l'exode rural, la petite et moyenne hydraulique se trouve au cœur d'enjeux contemporains. De nombreux petits ou grands propriétaires misent en effet sur le développement d'une agriculture irriguée intensive comme moyen d'enrichissement ou de subsistance. Il s'agit ici de proposer une anthropologie de ce lieu au fil de l'eau et du temps.

Située au pied du Haut-Atlas, au débouchée de la vallée de l'Ourika, Aghmat profite par dérivation des eaux de surface de l'oued éponyme, qui draine les pluies l'hiver puis la fonte des glaces au printemps. Cette situation privilégiée y a permis le développement d'une hydraulique agricole de grande ampleur depuis le Xème siècle au moins, autour d'une ville médiévale maintenant disparue. La ville de Marrakech (fondée en 1062 par les Almoravides) et diverses prises d'eau effectuées en amont (notamment dans les piémonts) ont toutefois progressivement détourné une grande partie de ces eaux de surfaces. D'un autre côté, le développement ancien de sources par galeries drainantes (khettara-s) et, depuis la deuxième moitié du XXème siècle, de puits motorisés, permettent d'exploiter également les écoulements souterrains du bassin versant. Au regard des préoccupations actuelles portant sur la gestion de l'eau (notamment ici dans le cas du bassin du Tensift, déficitaire), quelle place occupent ces savoirs et ce patrimoine anciens dans l'agriculture irriguée telle qu'elle est pratiquée aujourd'hui? Les tensions passées autour de la ressource hydrique trouvent-elles une prolongation dans les dynamiques actuelles? L'introduction de puits motorisés individuels affranchissent-ils les agriculteurs des contraintes saisonnières ou sociales qui pèsent sur les infrastructures gravitaires partagées?

Grâce à ces puits motorisés, la localité s'est récemment spécialisée dans la culture en pépinières de plantes pour jardins, revivifiant une grande partie des "traditionnels" champs d'olivier et de céréales pour fournir, dans le sillage de l'essor de Marrakech, les moyens d'un développement économique et agricole à une population toujours plus nombreuse. Peu profonds, les puits ne suffisent toutefois pas à assurer à eux seuls l'irrigation de toutes les cultures ; ils dépendent également de l'irrigation gravitaire pour leur recharge. Les infrastructures partagées restent donc au cœur des enjeux, bien que l'ethnographie ait révélé un délitement général des règles communautaires et étatiques régissant leur utilisation, au profit d'un "arrangement entre soi" plus informel où l'amont prend souvent le pas sur l'aval. Parallèlement, l'action étatique s'est déplacée : avec la politique des grands barrages, les ponctions sur l'oued Ourika sont moins stratégiques à l'échelle régionale, tandis que le "Plan Maroc vert" considère d'un nouvel œil la petite et moyenne hydraulique - auparavant signe d'archaïsme - vue à présent comme un moyen de développer des communes rurales. Enfin, il faut souligner l'hétérogénéité de la population d'Aghmat, marquée à la fois par d'importantes migrations et par une forte intégration à l'identité berbère Mesfiwa.

Toutes ces caractéristiques font d'Aghmat un lieu privilégié d'enquête sur les modalités actuelles et passées de l'occupation humaine d'un territoire, entre gestion des ressources, organisation sociale et jeux d'échelles politiques ou économiques. Quel lien existe-t-il entre le fonctionnement d'une communauté rurale (de la vie socio-économique aux relations de parenté), son rapport à l'environnement, et l'aspect technique de la mise en valeur agricole (infrastructures, modes de culture) ? L'accès à l'eau et à la terre participe-t-il à la définition d'un "nous", ou est-t-il au contraire facteur d'exclusion? Quel est et a été le poids (ou les limites) d'une intervention de l'état ou de tout autre forme de pouvoir (caïds, confréries religieuses, instances tribales) sur la pratique de l'agriculture irriguée dans cette localité, et sur l'organisation du partage des ressources en son sein? Le délitement présent des règles de partage de l'eau trouve-t-il son équivalent dans d'autres domaines du social?

Commencée en 2014, cette recherche anthropologique d'abord focalisée sur l'eau s'est ainsi peu à peu élargie à la question des usages de la terre et de l'organisation spatiale, en étudiant notamment l'émergence des pépinières, mais aussi les parcours familiaux et la distribution de l'habitat. Inscrite également dans la longue durée, avec une approche historique et archéologique, elle entend examiner de manière dynamique les enjeux politico-économiques et culturels de l'irrigation, qui entrent en jeu dans l'organisation spatiale comme dans la composition du groupe social. La longue histoire de l'hydraulique à Aghmat permet en effet d'aborder de manière peu habituelle les tensions actuelles autour de l'eau (et notamment sous l'angle de la durabilité) : en les replaçant dans la perspective des tensions passées ; en interrogeant de manière fine la manière dont l'irrigation forme ou non un "patrimoine", ou l'eau un "bien commun" ; en examinant, à travers cela, le rapport qu'entretiennent les membres d'un groupes entre eux-mêmes et avec les autres (humains ou non-humains), comme avec le lieu qu'ils habitent.

Publications et communications

- C. Cayla, V. Hértitier-Salama, B. Le Saint : « Anthropologie critique et critique politique », introduction aux Journées doctorales du LESC. MAE, Nanterre, 22-23 juin 2017
- J. Ros, V. Héritier-Salama, C. Capel, A. Fili, R. Messier : « Transition agricole et évolution d’un terroir en Occident musulman : le cas d’Aghmat (Maroc) entre les XIVe et XVIe siècles ». Poster, XXIème congrès international d'archéométrie du GMPCA. Univ. Rennes 1, Rennes, 18-21 avril 2017
- V. Héritier-Salama : « L'irrigation par "tours d'eau" : une gestion communautaire de la ressource hydrique (Sud Maroc) ». Communication, colloque international Transition sociale et environnementale : Alternatives et Communs. UPN, Nanterre, 22-24 mars 2017 [à paraître en 2018]
- J.-P. Van Staëvel, A. Fili, A. Ettahiri, M. Godener, V. Héritier-Salama, P. Wech : « Espaces domestiques et/ou espaces communautaires dans l’habitat d’Igiliz (Maroc, XIIe s.) », communication avec M. Godener, colloque international L’espace habité en Dâr al-Islâm. INHA, Paris, 15-17 décembre 2016
- HERITIER-SALAMA Violaine, CAPEL Chloé, FILI Abdallah et MESSIER Ron. De la ville aux champs : La transformation d'Aghmat (Maroc) entre les XIVème et XVIème siècles. In MÜLLER Ch. et HEINTZ M. éd. : Transitions historiques, XIIe colloque annuel de la MAE (Nanterre, 10-12 juin 2015), Paris, Boccard 2016 : 195-207
- V. Héritier-Salama : « Des jardins à la campagne. Aux marges de Marrakech, pépiniéristes, agriculteurs et retraités entre concurrences et influences mutuelles ». Communication, colloque international Capital environnemental : représentations, pratiques, dominations et appropriations spatiales. Faculté des Lettres, Limoges, 18-21 novembre 2015
- CAPEL Chloé, FILI Abdallah, MESSIER Ron et HERITIER-SALAMA Violaine. L’architecture palatiale d’époque mérinide : le cas d’Aghmat. In Des Idrissides aux Mérinides : le Maroc fondateur d'empires, catalogue d'exposition (Louvre, 9 octobre 2014 - 5 janvier 2015), Paris, Louvre éd. 2014 : 446-450
- HERITIER-SALAMA Violaine. Permanences et mutations d'un édifice castral seigneurial : le château de Butera (Caltanissetta). Lexicon n° 13 (revue à comité de lecture de l’Université de Palerme), Palerme 2011 : 7-18

Mots clés

Agriculture, partage de l'eau, hydraulique, communauté rurale, territoire, ressources, technique, diachronie, interdisciplinarité, Maroc, Haouz, Mesfiwa.