Les libres de couleur dans l'espace atlantique

13FéVRIER - 14FéVRIER 2014
Nantes
Colloque

Programme associé STARACO
STAtuts, « RAce » et COuleurs dans l'Atlantique de l'Antiquité à nos jours

Coord. : Antonio DE ALMEIDA MENDES (Université de Nantes), Clément THIBAUD (Université de Nantes). Romy SÁNCHEZ (École des hautes études hispaniques et ibériques, Casa de Velázquez, Madrid), Nicolas TERRIEN (Université de Nantes)
Org. : Université de Nantes, École des hautes études hispaniques et ibériques (Casa de Velázquez, Madrid), Centro de História d’Alem Mar, UMR 8168 (Mondes américains, Paris)

Lieu de célébration :
Université de Nantes
Chemin de la Censive du Tertre
Campus Lettres
Bâtiment Tertre - Salle du Conseil
44312 Nantes Cedex 3

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Présentation

La thématique des libres de couleur a fait l’objet d’une attention particulière de l’historiographie au cours de ces dernières années. Ce renouveau a concerné tous les espaces impériaux du monde atlantique ainsi que les nations indépendantes qui en procédèrent. De fait, la présence de Noirs libres est aussi ancienne que la traite négrière dans les espaces coloniaux de l’Amérique. Les historiens ont longtemps négligé ces populations pour se focaliser sur les esclaves. Aujourd’hui, de nombreuses études ont souligné l’importance politique des libres de couleur à l’âge des révolutions et des indépendances. La construction de ce statut se révèle également fondamental pour comprendre la construction de la ligne de couleur ainsi que son caractère labile au fil du temps. En ce sens, la traite négrière et l’esclavage n’expliquent pas seuls l’apparition des discriminations légales, sociales et politiques qui ont affectés les descendants d’Africains. Le statut des Noirs de condition libre fut un lieu stratégique où s’est définie la distance séparant les populations racialisées et blanches, en raison de la porosité entre ces deux espaces sociaux. De fait, les libres de couleur se trouvent à l’intersection entre des logiques discriminatoires et libératoires. Après des siècles de inorisation juridique, l’ère des révolutions et des indépendances permit l’expansion exceptionnelle de la citoyenneté aux libres de couleur, aux Indiens puis aux anciens esclaves. A ce titre, l’effacement des incapacités juridiques et de l’indignité qui frappait les descendants d’Africains a représenté l’un des tests fondamentaux des processus révolutionnaires atlantiques dans la construction de société nouvelles, fondées sur les droits individuels. Pourtant, l’égalité civile effaçait rarement l’ensemble des incapacités juridiques anciennes, bien au contraire. Il conviendrait de mieux préciser le processus d’intégration au statut commun avec ses éventuels conflits en comparant les expériences des deux côtés de l’Atlantique et en signalant comment celles-ci s’articulent. Il est également fondamental de mieux comprendre les modalités de l’action des minorités pour accéder à la citoyenneté. Un autre problème, tout aussi complexe, est celui de l’exercice des droits une fois leur jouissance reconnue. Cette histoire est de longue durée, comme les combats pour les civil rights aux États-Unis le montrent, ou l’invention constitutionnelle dont a fait preuve l’Amérique latine au cours des deux dernières décennies pour permettre aux Indiens et aux Afrodescendants d’exercer leurs droits de citoyens au lieu de se contenter d’en avoir la jouissance, avec toutes les ambiguïtés et les contradictions que porte la création de catégories identitaires pour justifier de nouveaux droits.

Les chercheurs ont souvent traité le problème des permanences postcoloniales du stigmate sous l’angle économique (maintien des hiérarchies dans le domaine de la vie économique), ou culturelle (continuité du préjugé et du racisme), mais elle a été moins traité sur le plan juridique et politique. Il n’en est rien, et l’accès à la citoyenneté fut un long processus, tant sur le plan des normes que de leur mise en pratique. L’accès aux droits politiques pouvait certes être garanti à tous par la constitution, mais l’exercice de ces droits, en pratique, pouvait être limité ou interdit par des dispositifs réglementaires ou des législations locales comme dans le cas des États fédérés nord-américains. Un autre problème, encore largement inexploré, concerne la citoyenneté comme dignité : l’insertion des populations non européennes dans le cercle de la citoyenneté fut ainsi vécue, de façon heureuse ou traumatique selon la nature des acteurs, comme une promotion dans les hiérarchies de l’honneur. On peut se demander si cette révolution de l’égalisation statutaire, par assimilation des populations d’origine européenne et non-européenne au même statut, n’a pas produit d’effets en retour (on pense à la distinction entre citoyens actifs et passifs qui, dans l’espace atlantique multiethnique a reconduit la ligne de couleur entre Blancs et non Blancs). Quelles furent les dynamiques politiques suscitées par ces nouvelles discriminations politiques ou légales au coeur de systèmes libéraux et des régimes républicains ?.

Programme

JEUDI 13 FÉVRIER

CODES RACIAUX ET ORDRE SOCIOPOLITIQUE : UN TOUR D'HORIZON ATLANTIQUE

10h-12h30


Ouverture

Aline HELG
Université de Genève
Les libres de couleur de l’Amérique espagnole entre « pureté de sang » et « souillure de l’esclavage » : quelle(s) liberté(s) ?

John GARRIGUS
University of Texas
«Affranchis» and «Coloreds»: Why were racial codes stricter in eighteenth-century Saint-Domingue than in Jamaica?

Pause

Gert OOSTINDIE
Universiteit Leiden
Status, «race» and colour in the Atlantic world : the Dutch case, colonial and post‑colonial

Alejandro E. GÓMEZ
Université Lille 3
La question des secteurs subalternes américains à la lumière de l'émergence d'une nouvelle sensibilité socio-raciale, XVIIIe-XIXe siècles

Discussion

14h30-16h45

« RACE », RÉVOLUTIONS ET LIBERTÉ

Christopher SCHMIDTH-NOWARA
Tufts University (Boston)
Jorge Dawson Flinter’s Colonial Gothic : Freedom, Race, and Revolution in the Hispanic Caribbean, 1819-1834

Armelle ENDERS
Université Paris 4
Égalité civique, « barrière(s) de couleur » et ordre social dans la construction du Brésil impérial (première moitié du XIXe siècle)

Pause

Manuel COVO
Université de Bourgogne
1793-1803 : la participation des nouveaux libres de Saint-Domingue au marché atlantique

Romy SÁNCHEZ
École des hautes études hispaniques et ibériques (Casa de Velázquez, Madrid)
La couleur de l’exil : déplacements forcés et déplacements volontaires des libres de couleur au temps du séparatisme cubain,  Ca. 1837 – Ca. 1878

Discussion

VENDREDI 14 FÉVRIER


LES LIBRES DE COULEUR : CATÉGORISATION, STATUT, POLITISATION


09h30-11h45

Federica MORELLI
Università degli studi di Torino
Terre et liberté. Le statut des libres de couleur dans une région de frontière (Popayán-Esmeraldas, XVIIIe-XIXe siècles

Marixa LASSO
Case Western Reserve University (Cleveland)
Los libres de colores  en Colombia y Panama en el siglo XIX

Pause

Adriana CHIRA
University of Michigan
Between «una vida vagabunda» and Whitening: Strategies of Consolidating Freedom among People of Color in Santiago de Cuba after the Haitian Revolution, 1814-1844

Irene FATTACCIU
Università degli studi di Torino
Portraying Race: Visual Representations of Free People of Color in New Orleans and Havana in the 19th Century

Discussion

14h-15h45

HIÉRARCHIES SOCIALES ET COLORISME


Dominique ROGERS
Université des Antilles et de la Guyane
Femmes libres de couleur de Saint-Domingue, actrices économiques et citoyennes

Jeanne MOISAND
Université Paris 1
Les Espagnols pauvres à Cuba pendant la première guerre d’indépendance (1868-1878)

Virginie CHAILLOU
Université de Nantes
Les engagés africains dans la société réunionnaise post-abolitionniste : une servitude liée à la couleur ?

Pause

Discussion et conclusions

Entrée libre et gratuite

PODCASTS
17/11/2016 - 28min 53s