Les effectifs des serviteurs princiers et royaux de la fin du Moyen Âge

6NOVEMBRE 2009
Limoges
Journée d'étude

Coord. : ALEXANDRA BEAUCHAMP
Org. : Université de Limoges, Casa de Velázquez

Résumés des communications

JÖRG PELTZER (Emmy-Noether-Programm - FPI, Heildelberg)
Les chiffres de la cour et de l’hôtel : se rendre compte du rang dans l’Empire, à la fin du Moyen Âge

Un roi sans peuple n’est pas un roi. Cela était aussi vrai pour le Moyen Âge. Les rois, les ducs et même les comtes avaient besoin de communiquer et donc de préserver ou même d’améliorer leur rang par leur entourage. Plus cet entourage était nombreux et plus le statut social de ses membres était élevé, mieux c’était. Mais un tel entourage ne s’est pas constitué tout seul. Outre une attractivité politique le seigneur devait avoir les moyens de maintenir son entourage.
En se focalisant sur l’Empire au bas Moyen Age, surtout aux treizième et quatorzième siècles, ma communication va traiter de cet équilibre que les magnats devaient trouver. Deux ordonnances de l’hôtel du duché de la Basse-Bavière (1293/1294 – dates très précoce pour des ordonnances de l’hôtel en Empire) suggèrent d’abord que l’hôtel propre est issu de la cour et, deuxièmement, que le souci financier était un motif très fort pour établir une distinction entre la cour et l’hôtel (une distinction qui reste quand même assez flottante). Mais même s’il était peut-être plus facile pour le seigneur de couper les coûts de son hôtel que de sa cour, il était néanmoins nécessaire de maintenir un certain niveau de l’hôtel, un certain nombres d’employés (mais il reste incertain, au moins pour l’Empire, qu’un minimum spécifique était sujet de discussion). Un magnat sans hôtel n’était plus un magnat. À l’hôtel comme à la cour les chiffres comptaient.

ANNE SANTAMARIA-LEMONDE (Université de Grenoble)
Les "grandes" ordonnances de l'hôtel d'Humbert II (1336-1340) : entre chiffre, norme et pratique

Le dauphin Humbert II (1333-1349) est sans doute le premier prince d'occident qui s'aventura sur la voie d'une "norme de l'hôtel" explicite et, en apparence pour nous, rationnelle. Cela passait par un dénombrement des membres de l'entourage princier.
Celui-ci semble avoir une signification multiple. En premier lieu, il permettait de pousser l'idéal de réforme (à la mode de saint Louis, toujours d'actualité dans la pensée  politique) bien plus loin qu'auparavant. Dans le même cadre doivent être placés les progrès de la comptabilité dès l'arrivée d'Humbert II au pouvoir : la vogue, de plus en plus pressante, du chiffre, a d'abord une portée réformatrice. Mais au-delà, l'idée de dénombrer ses "curiaux" ressortissait aussi pour le prince à une nouvelle préoccupation, celle de représenter son pouvoir en le mesurant véritablement : norme, symbole et pratique forment alors une trilogie inédite, complexe, celle des débuts de l'institutionnalisation.

OLIVIER CANTEAUT (Ecole nationale des Chartes, Paris)
Entre Cour et Conseil : dénombrer l’entourage politique du roi de France au début du XIVe siècle

Nombre de théoriciens de la monarchie affirment que le roi de France a le devoir de prendre conseil et de s’entourer d’avis informés pour gouverner ; mais ils ne statuent pas sur le nombre de conseillers qui seraient nécessaires pour assister le souverain. Pourtant, les dimensions de cet entourage ont mécaniquement une influence sur la composition de celui-ci et constituent donc un enjeu politique essentiel : leur évaluation permet de saisir une partie des pratiques gouvernementales.
Les sources ne facilitent pas a priori une telle exploration pour le début du XIVe siècle. Le Conseil du roi s’avère alors discret et sa composition ne nous est révélée que de façon partielle et épisodique. Mais le Conseil ne constitue que le cœur de l’entourage politique du souverain : nombre d’individus qui ne siègent pas au Conseil sont à même de conseiller le roi ou de prendre des décisions politiques en son nom. Ainsi peut-on notamment recenser plus de 160 hommes qui commandent des actes royaux à la chancellerie entre 1313 et 1328. Ceux-ci sont tous issus de la « retenue » royale, véritable vivier de conseillers au sein duquel le souverain puise pour former sa cour et pour gouverner le royaume, à l’échelle centrale aussi bien que locale. L’entourage politique du souverain peut ainsi être décomposé en plusieurs ensembles qui, tous, présentent une très grande plasticité.
Ces caractéristiques rendent l’entourage politique du roi difficile à délimiter et, plus encore, à quantifier, d’autant que le souverain le modèle selon les circonstances. Pour autant, il semble possible de déceler des évolutions, au cours du premier quart du XIVe siècle, qui témoignent des choix politiques opérés par Philippe le Bel et par ses fils. Ainsi Cour et Conseil s’avèrent-ils restreints à la fin du règne de Philippe IV, en raison du vieillissement que connaît l’entourage royal et de la domination exclusive qu’exerce en son sein Enguerran de Marigny. En revanche, Philippe V tend à accroître l’étendue de sa retenue afin de consolider son pouvoir après l’épisode des Ligues, tout en réduisant l’accès au Conseil. Charles IV suit une politique inverse, apparemment sous l’influence des princes du sang.
Le Conseil, et plus largement l’entourage politique du roi, sont donc loin de présenter des dimensions immuables. Leurs phases de croissance et de contraction sont au contraire révélateurs des choix et priorités gouvernementales de chaque souverain.

SOPHIE COUSSEMACKER (Université de Bordeaux III)
Compter et payer les hommes à la cour de Sanche IV (1292-1294)

Les Cuentas y gastos del rey don Sancho sont un document rare, une épave surprenante au milieu d’archives comptables quasi inexistantes pour la Castille des XIIIe et XIVe s. Ces comptes ont été publiés pour la première fois dans les années 1920 par Mercedes Gaibrois de Ballesteros dans son monument sur l’histoire de Sanche IV.
Le document est constitué d’un agrégat ou d’un montage de 51 ou 52 pièces, datées pour l’essentiel des années 1293 à 1294. La cheville ouvrière de ce dossier est Johan Bernalt, espensero (ou despensero) mayor du roi, travaillant pour le compte du grand majordome.
Le dossier comprend d’abord 33 ou 34 pièces, indiquant soit des recettes seules, soit les paiements déjà effectués localement sur présentation d’albalás, peu utiles pour notre propos.
Il inclut en revanche deux types de documents que nous avons tenté de mettre en relation : des listes de paiement de soldes : à partir du mois d’août 1293, au début de sa première ‘mandature’ complète, Johan Bernalt dresse le bilan des quitaciones qu’il a versées, et reprend et complète ensuite la liste pour toute l’année de la mandature et les quelques mois suivants ; deux pièces concernant le fonctionnement central de l’hôtel durant la même période : une liste de pièces de draps que l’évêque de Tuy adresse à don Bartholomé de Monresin, pour distribution à la compannia del rey, le 3 septembre 1294, et le compte des pièces qu’il a distribuées effectivement, deux mois et demi plus tard, le 18 novembre suivant.
Toutes ces listes sont précieuses pour tenter de reconstruire l’organigramme vivant de la cour sur ces années. On ne peut cependant pas espérer appréhender l’ensemble de la cour à travers ces documents épaves. Ceux que les dossiers de l’espensero permettent de comptabiliser ne représentent que la companna du roi, terme qui revient souvent dans les comptes, ses compagnons au sens étymologique, ou encore ceux qui mangent à sa table (ou à ses frais).
On essayera ici de comprendre la logique de Johan Bernalt dans ces comptes (purement comptable), la façon dont les hommes étaient payés, à quel rythme, avec quels retards, et bien entendu on essayera d’évaluer le volume global de la cour, avec prudence et toutes les réserves nécessaires.

MARÍA NARBONA (Universidad de Zaragoza)
Les femmes de la Casa de Marie de Castille, reine d'Aragon (1416-1458) : enjeux et méthode de l'étude

Dans les royaumes hispaniques du XVe siècle, la Casa reginal (hôtel réginal) a joué un rôle clé grâce à la participation active des femmes dans l'exercice de l'autorité. L'intense action politique de Marie de Castille, reine d'Aragon entre 1416 et 1458, fait de sa Casa un excellent observatoire pour analyser l'activité des femmes dans l'entourage d'une reine et son influence dans l'ensemble de la société de son temps. Ceux qui formaient le cercle plus étroit autour de la reine étaient des proches directs de ceux qui avaient entre leurs mains les destins de la Couronne ; ainsi, ils ont constitué un centre d'influence politique, informel mais d'extrême importance.
Dans la Couronne d'Aragon, l'organisation courtisane des rois comme des reines est  redécouverte ces derniers années par les historiens. On a donné à nouveau l'importance qu’elles méritent aux Ordonnances palatines des rois de Majorque (1337) et d’Aragon (1344), comme point de départ pour l'analyse de la Casa y Corte des souverains aragonais. En ce sens, la Casa des reines n'est guère mentionnée.
Dans cette communication il s'agit de faire une approche de l'étude de la Casa de la reine Marie, de son organisation et de leur protagonistes, avec la documentation conservée dans les Archivos de la Corona de Aragón et l'Archivo Real de Valencia, tout comme à partir des Ordonnances conservées pour la Casa des rois. Les sources et la méthodologie utilisées pour systématiser l'information seront le sujet principal de cette communication.

JORGE SAÍZ SERRANO (Universitat de València)
Acompañar y servir al príncipe. Estructura y funcionamiento de la Casa Real de Alfonso V de Aragón

La Casa del rey de Aragón en la baja edad media es menos conocida que otras cortes europeas (Borgoña, Navarra, Inglaterra, Castilla, Francia). La escasez de estudios al respecto contrasta con las posibilidades que ofrece una variada documentación. Disponemos de las ordenanzas internas de la corte así como de registros seriados de la Tesorería real desde mediados del Trescientos. La presente comunicación pretende examinar la estructura y el funcionamiento de la Casa del rey de Aragón para un reinado particularmente rico en fondos documentales, el de Alfonso V el Magnánimo. Es posible estimar cuántos y quiénes acompañaban y servían al príncipe: conocer cómo funcionaba la Casa Real y cómo se adaptaba a las variables necesidades del monarca; en suma, cómo se transformaba la naturaleza y dimensiones del entorno cortesano. Podremos, así, delinear  la cambiante fisonomía de la casa o corte regia, cuestionándonos hasta qué punto existía un control o interés del rey por regular o intervenir en la misma. Igualmente podremos aproximarnos a las especificidades de la Casa Real de Alfonso el Magnánimo en comparación con otros ejemplos europeos (Borgoña, Navarra), en concreto a su gran flexibilidad y al peso e importancia de la nobleza en la misma.
Para ello parto, en primer lugar, de una propuesta de estructura de la Casa Real, de grupos integrantes de la misma, conjugando tres criterios: la condición social de los integrantes de la Casa Real, la naturaleza de las funciones que ejercen en la misma y la fluctuación de este servicio. A partir de ahí, mi objetivo es ofrecer imágenes de la Casa Real y cuantificar los oficios y personal en sus diferentes grupos. Todo ello desde tres posibilidades que, a mi juicio, permite la documentación. Por un lado,  la imagen de la Casa Real reglada o presupuestada, es decir, el personal según las ordenanzas internas de la corte. Por otro lado, la imagen de la Casa Real en servicio, el personal que ha conformado la domus regia al constar percibiendo salarios ordinarios por haber servido en periodos concretos. Finalmente, la imagen de la Casa Real potencial, el personal con oficios en la corte o vinculado a la misma con posibilidades de servicio: bien consta documentado percibiendo cualquier remuneración de la tesorería regia en su contabilidad semestral o bien figura en ese mismo periodo en otros fondos documentales (como los registros de la Cancillería del monarca). Tomo como catas ilustrativas diferentes contextos de servicio al rey, campañas militares o en periodos de paz, a lo largo de dos fases. Por un lado el periodo 1425-1431, la estancia de Alfonso V de Aragón en sus reinos peninsulares con sus conflictos dinásticos con Castilla, fase previa a la conquista del reino de Nápoles. Por otro lado los años 1441-1446, en las operaciones finales de conquista de Nápoles y una vez coronado vencedor en Nápoles.

 

PODCASTS
19/01/2017 - 40min 16s - Espagnol