Thomas BRIGNON

1992
Doctorant en Études hispaniques et hispano-americaines
Université Toulouse II Jean Jaurès
Agrégé d'espagnol
thomas.brignon@casadevelazquez.org
 

 

Parcours universitaire

2017-2020 : Contrat Doctoral Études Hispaniques et Hispano-américaines (UT2J), UMR 5136 FRAMESPA ; projet de thèse sous la co-direction de Sonia Rose et Capucine Boidin : L’animal en mission. Traduction religieuse et bestiaire chrétien dans les réductions jésuites des Guarani (Paraguay, 1687-1737)

2016-2017 : Master 2 Recherche Études Hispanophones (ENS de Lyon) ; cours de guarani (INALCO) ; mémoire sous la co-direction de Sonia Rose et Capucine Boidin

2015-2016 : Master 2 Recherche Études Latino-Américaines spécialité Anthropologie (IHEAL) ; Très Bien) ; cours de guarani (INALCO) ; mémoire sous la co-direction de Capucine Boidin et Sonia Rose

2014-2015 : Master 2 Professionnel Métiers de l’Enseignement et préparation de l’agrégation externe d’espagnol (ENS de Lyon) ; admission à l’agrégation externe d’espagnol

2013-2014 : Premier degré de Certificat LCO quechua et cours de guarani (INALCO)

2012-2013 : Master 1 Études Hispanophones (ENS de Lyon) ; semestre de mobilité à Buenos Aires (UNSAM) ; mémoire sous la direction de Dardo Scavino

2011-2012 : Licence LLCER Espagnol (Université Lyon 2) ; Diplôme d’Etablissement Amérique Latine et Caraïbes (IEP de Lyon)

2009-2011 : Classes préparatoires A/L (Lycée Saint-Sernin de Toulouse) ; admission à l’ENS de Lyon et à l’IEP de Lyon


Charges d'enseignement

2017-2019 : Mission d’enseignement (UT2J) ; UFR LLCER, Département d’Études Hispaniques et Hispano-américaines, TD de Civilisation, Syntaxe et Méthodologie (128 h)
 

Responsabilités administratives

2018-2020 : Élu représentant doctorant auprès de la Commission Recherche de l’UT2J

2016-2017 : Formateur aux Humanités Numériques appliquées aux langues amérindiennes dans le cadre de la mission franco-argentine LANGA-NUM

2015-2017 : Co-fondation et gestion du laboratoire junior EIRALC (ENS de Lyon) ; membre du projet ANR LANGAS (IHEAL – INALCO)

2009-2011 : Élu conseiller d’administration du lycée Saint-Sernin

 

Recherches en cours

L’animal en mission. Traduction religieuse et bestiaire chrétien dans les réductions jésuites des Guarani (Paraguay, 1687-1737)

Mes recherches portent sur l’une des expériences évangélisatrices les plus emblématiques de l’époque moderne : la fondation par la Compagnie de Jésus d’un vaste archipel de missions situées à l’actuelle triple frontière entre le Paraguay, le Brésil et l’Argentine. Plus d’un siècle et demi durant, ces trente Réductions des Guarani (1609-1768) ont donné lieu à un processus « d’ethnogenèse missionnaire » (Wilde, 2009) lié au rassemblement de divers groupes relevant de la famille linguistique tupi-guarani. Sous l’égide des jésuites, a ainsi vu le jour une société frontalière originale, urbaine et chrétienne, à travers l’implantation des instances représentatives hispaniques (noblesse, cabildos, milices, confréries religieuses) et de multiples privilèges uniques à l’échelle hispano-américaine (exemptions fiscales, port d’armes à feu, législation semi-autonome). Fort de 140.000 habitants au début du XVIIIe siècle, ce cordon sanitaire placé entre les empires coloniaux espagnol et portugais s’est en outre caractérisé par l’émergence rapide d’une élite d’artisans indiens lettrés et par un profond travail de recréation de la langue guarani, érigée au rang d’idiome chrétien par les ignaciens assistés de nombreux auxiliaires natifs (Melià, 2003 ; Neumann, 2015). Malgré cet essor culturel, la « guerre guaranitique » déclenchée par le traité de Madrid en 1750-1756 et suivie par l’expulsion de la Compagnie en 1768-1769 a mis un coup d’arrêt relatif au développement des Réductions, progressivement dissoutes à l’issue des conflits indépendantistes et séparatistes ayant marqué la première moitié du XIXe siècle au Río de la Plata.

Si la singularité de cette « République chrétienne des Guarani » a suscité de nombreuses controverses dès l’époque des Lumières, la majorité des travaux disponibles assument un biais documentaire lié à des facteurs d’ordre linguistique et chronologique. D’une part, face à un idiome amérindien difficile d’accès, la tradition historiographique a privilégié l’étude des sources en langues européennes rédigées par les jésuites à l’attention de destinataires extérieurs, au détriment des écrits en guarani d’usage interne et partiellement issus de rédactions collaboratives. D’autre part, ce premier parti-pris a conduit les spécialistes à privilégier les étapes de l’histoire locale les plus saillantes dans les dépôts d’archives externes, c’est-à-dire les phases liminaires de stabilisation (ca. 1610-1690) et de déclin (ca. 1740-1770) du système missionnaire, aux dépends d’une étape centrale coïncidant pourtant avec la mise en place d’une imprimerie et la multiplication sans précédent de la production manuscrite et éditée en langue guarani, destinée à une consommation in situ (ca. 1690-1730). Sur quatre décennies, voient en effet le jour plus d’une vingtaine de textes prenant en majorité la forme de traductions religieuses : grammaires, vocabulaires, catéchismes, recueils de sermons, rituels, traités ascétiques ou d’éducation chrétienne, chroniques ecclésiastiques, mais également manuels de médecine et d’administration ou encore journaux de guerre. En grande partie inédits, monolingues et attribués pour plusieurs d’entre eux à des auteurs indiens, ces ouvrages longtemps négligés se trouvent au coeur de ma démarche, fondée sur la rétro-traduction et l’analyse de ces usuels ayant ponctué la vie quotidienne des missions.

Pour ce faire, je me propose d’examiner un défi de traduction représentatif de l’ensemble des enjeux soulevés par l’ethnogenèse missionnaire, à savoir l’adaptation ambigüe du rapport chrétien à l’animal dans un contexte américain et une langue indienne radicalement divergents, que ce soit en termes de ressources langagières, de systèmes de représentations ou encore de répertoires de pratiques. Le succès de l’entreprise jésuite auprès des Guarani a en effet été conditionné par une transition imparfaite de la chasse et de l’apprivoisement à l’élevage bovin, de la prédation au pastoralisme et du semi-nomadisme forestier à la sédentarité urbaine et rurale. Dans un tel contexte, l’importation de la domestication et du bétail européens devait garantir tout à la fois l’auto-suffisance alimentaire des missions et l’extirpation du chamanisme, de la guerre tribale et du cannibalisme. Plus encore, cette mise en commensuration de référents inédits a constitué une condition préalable à la bonne intelligence de la doctrine catholique et de son bestiaire exemplaire ou symbolique, resémantisé avec l’aide de collaborateurs natifs et à partir d’un substrat ontologique animiste et perspectiviste (Descola, 2005 ; Viveiros de Castro, 2009). Mon projet de recherche vise donc à identifier les acteurs de ce processus de négociation, les concepts qu’ils ont forgés, les genres discursifs qu’ils ont développés mais aussi les attitudes qu’ils ont prescrites afin de réduire (Hanks, 2010) la faune paraguayenne et, avec elle, la langue, les moeurs et l’espace guarani.


Communications récentes

“Domesticar (con) palabras. Los campos del saber relativos a animales en un diccionario castellano-guaraní (misiones jesuíticas del Paraguay, 1722)”, Colloque international Los campos del saber en el siglo XVIII (Toulouse, UT2J – Instituto Feijoo), 12-14 juin 2019

“Las misiones jesuíticas del Paraguay y sus escritos en lengua guaraní. Un panorama”, Journées d’étude XXX Aniversario del REDIAL. La investigación latinoamericanista en Toulouse (Toulouse, UT2J – IPEAT-CEDOCAL), 12-14 juin 2019

« (Dé-)jaguarification ou pastoralisation ? L’évolution des relations hommes-animaux dans les Réductions jésuites du Paraguay à la lumière des traductions religieuses en langue guarani (1687-1737) », Séminaire Nature(s) et Religion(s) (Toulouse, UT2J – Labex SMS), 7 juin 2019

« Contrat, certificat ou amulette ? La congrégation indienne de saint Michel au prisme d'une carta de entrega en guarani (missions jésuites du Paraguay, 1713) », Atelier Autour des usages rituels du livre en Amérique indienne (Paris, LAS – Collège de France), 23 mai 2019

« Ucú quarahĭ çȇmba cotĭ : Là-bas, du côté du soleil levant. Les martyrs du Japon expliqués en langue guarani par un cacique prédicateur (Réductions jésuites du Paraguay, XVIIIe siècle) », Séminaire Histoire des Mondes Ibériques et Ibéro-américains (Toulouse, UT2J), 25 février 2019

« Un long Moyen Âge amérindien ? Interroger les récits exemplaires traduits en guarani dans les missions jésuites du Paraguay (XIIIe – XVIIIe siècles) », Séminaire Interroger sa source dans les Études Ibériques, Ibéro-américaines et Romanes (Toulouse, UT2J), 1 février 2019

« La mobilisation immobile : une campagne de suffrages spirituels contre les Anglais et les Turcs dans les réductions jésuites du Paraguay (1692-1693) », École Doctorale, ED 327 TESC (Toulouse, UT2J), 20 novembre 2019

“El bestiario hispano-guaraní de las misiones jesuíticas del Paraguay (1609-1768). ¿Un reto traductológico al margen del hispanismo?”, École Doctorale Nouveaux chemins de l’hispanisme (Madrid, Casa de Velázquez), 16-17 octobre 2018

“De falsos dioses y divinas fieras: panteón grecorromano, bestiario medieval y traducción de relatos ejemplares (exempla) al guaraní en las misiones jesuíticas del Paraguay”, Symposium international Dios(es) y diablo(s). La traducción de conceptos cristianos e indígenas en textos religiosos de las Américas (Salamanque, USAL, 56th ICA), 20 juillet 2018

“¿Un punto ciego para la historia de la traducción en Hispanoamérica? El guaraní en las misiones jesuíticas del Paraguay y su relevancia para la cultura letrada rioplatense”, Symposium international Traducción y mediación transcultural como matrices para la comprensión del discurso e identidad de Hispanoamérica (Salamanque, USAL, 56th ICA), 17 juillet 2018

"Converting Birds. Pragmatic Consequences of Translating an Animal Exemplum into Guarani (Jesuit Missions of Paraguay, 1724)", Symposium international Language Contact and Translation in Religious Context. Comparative Approaches (Paris, INALCO – Fyssen Foundation), 24-26 mai 2018

« Indien ou/et évangélisateur ? Un cacique traducteur d’ouvrages religieux en langue guarani : Nicolás Yapuguay (missions jésuites du Paraguay, XVIIIe siècle », Séminaire transversal, UMR 5136 FRAMESPA (Toulouse, UT2J), 17 novembre 2017
 

Publications

“Del exemplum al tekokue. Traducción colaborativa, reescritura y cultivo del arte retórico en tres relatos ejemplares en guaraní de Nicolás Yapuguay y Pablo Restivo (1724-1727)”, Estudios Paraguayos, Vol.36, N°2, 2019, pp.39-72, en ligne [consulté le 31.05.2019] : http://epy.dreamhosters.com/index.php/RESPY/article/view/72

« De la Différence entre l’Âne et le Jaguar : la traduction en guarani d’un traité ascétique illustré, entre adaptation linguistique et visuelle (missions jésuites du Paraguay – 1705) », Textimage. Revue d’étude du dialogue texte-image, 2018, en ligne [consulté le 31.05.2019] : http://revue-textimage.com/conferencier/08_christianismes_en_transfert/brignon1.html

« Du copiste invisible à l'auteur de premier ordre. La traduction collaborative de textes religieux en guarani dans les réductions jésuites du Paraguay », Sociocriticism, Vol.33, N°1-2, 2018, pp.299-338, en ligne [consulté le 31.05.2019] : https://dialnet.unirioja.es/servlet/articulo?codigo=6469022


Mots-clefs 

Réductions jésuites des Guarani (Paraguay, XVIIe-XVIIIe siècles) ; Indiens et langues tupi-guarani ; Traduction religieuse collaborative ; Bestiaire chrétien et relations humains/non-humains ; Ethnogenèse missionnaire

PODCASTS
06/02/2014 - 19 min 59s - Espagnol