Approvisionner et financer la cour

Les relations économiques entre les cours ibériques et les societés urbaines à la fin du Moyen Âge

27NOVEMBRE - 28NOVEMBRE 2014
Valence
Colloque

Coord.: Alexandra BEAUCHAMP (Université de Limoges), Antoni FURIÓ (Universitat de València)
Org.: Universitat de València, École des hautes études hispaniques et ibériques (Casa de Velázquez, Madrid)
Coll.: Proyecto «Una capital medieval y su área de influencia. El impacto económico y político de la ciudad de Valencia sobre el conjunto del reino en la Baja Edad Media», HAR 2011-28718 del Ministerio de Economía y Competitividad, Cultures i Societats de l'Edat Mitjana (València), EA 4270 (CRIHAM, Limoges)

Lieu de célébration:
Sala de Juntes
Facultat de Geografia i Història-Universitat de València
Avda. Blasco Ibáñez, 28
46010 Valencia

Présentation

L’histoire économique, malgré les lamentations des uns et des autres sur sa présumée crise, fait preuve d’une vitalité enviable, manifestée par le grand nombre et l’intérêt des travaux, projets de recherche, colloques et publications la concernant. Pour le Moyen Âge, il faut souligner les grands projets internationaux de ces dernières années sur la croissance économique, la circulation des richesses, le crédit et l’endettement, les famines et pénuries, les finances publiques et la fiscalité urbaine. Au sein de l’histoire économique médiévale, l’histoire urbaine est l’un des champs grâce auquel on perçoit le mieux cette vitalité, tant sur son versant institutionnel (fiscal et financier), que productif (activité manufacturière et commerciale) et, surtout, en ce qui ne cessait d’être la principale préoccupation des autorités urbaines : approvisionner la ville. Feeding the City – ravitailler ou nourrir la ville – n’était pas seulement le principal problème urbain – de villes de milliers  d’habitants qui se consacraient à des activités non agraires, qu’il fallait nourrir –, mais c’était aussi un négoce colossal pour les marchands qui assuraient les fournitures. C’est enfin un projet de recherche mené initialement à Londres dans les années 1990, qui s’est étendu ensuite à d’autres villes, parmi lesquelles Valence, de 2012 à 2014.

L’intérêt pour l’économie urbaine contraste avec la faible attention que les historiens ont longtemps porté à l’économie des cours royales et princières. Dans la première moitié du XXe siècle, l’histoire de la cour, espace suprême du pouvoir politique, a souffert du discrédit de l’histoire politique et institutionnelle. Cette conception a commencé à changer, en premier lieu avec l’apport de Norbert Elias et son analyse de l’influence de la cour sur la culture, les comportements et les pratiques sociales des élites, puis avec la rénovation historiographique portée par la nouvelle histoire politique et son intérêt pour “le” politique plutôt que pour “la” politique. Néanmoins, ce n’est qu’à la fin du siècle que la cour a commencé à être étudiée depuis l’angle économique, avec des apports comme celui de Maurice Aymard et Marzio Achille Romani (1998) , qui empruntent des catégories d’analyses propres à l’anthropologie économique, comme “l’économie du prestige”, “les dépenses somptuaires” et la “destruction ostentatoire de richesses”. De même, suivant ces mêmes lignes, on pense aussi aux contributions plus récentes de la Hofwirtschaft (économie de cour) de Gerhard Fouquet, Jan Hirschbiegel, Werner Paravicini (2008).

Peu à peu s’est ainsi ouvert un nouveau champ d’étude, la “cour comme institution économique”, qui prétend, entre autres objectifs:

  • étudier les caractéristiques institutionnelles et administratives, bureaucratiques et comptables de l’organisation économique et financière de la cour.
  • analyser son importance économique au sein des finances royales et nobiliaires et surtout l’impact politique de la redistribution économique aux membres de la cour (gages, rentes, rations, cadeaux et autres faveurs).
  • souligner le caractère de “société à fort pouvoir d’achat” des élites qui composent les cours.
  • mettre l’accent sur l’endettement chronique des cours et le poids qu’il fait peser sur le pouvoir royal et nobiliaire en général.
  • examiner les raisons économiques (autoconsommation, fiscalité) qui peuvent expliquer l’itinérance des cours (mais aussi au contraire, les raisons économiques de leur sédentarisation progressive, beaucoup moins étudiées que les justifications politiques).
  • montrer leurs liens avec l’économie du luxe et interpréter l’importance de ce type de consommation dans une société aussi hiérarchisée que la société courtisane, dans laquelle le symbolisme et la représentation de l’ordre social et du pouvoir occupent une place majeure.

Ces aspects ont principalement été traités d’un point de vue monarchique et aristocratique, centré sur “l’économie politique” des cours. En revanche, les relations de la cour – conçue comme un organisme humain – avec son environnement urbain, avec la ville dans laquelle elle réside ou transite ont été moins prises en compte (ce thème a par exemple été abordé pour la Flandre ou, plus récemment, en juin 2014 lors du congrès Paris, ville de cour). Nous proposons donc d’examiner cette relation entre la cour et la cité qui l’héberge, entre les cours royales ou nobiliaires d’une part, et les citadins d’autre part, en termes d’approvisionnement et de financement, sachant qu’à la fin du Moyen Âge, les cours ibériques qui ne se sédentarisent pas encore complètement prolongent néanmoins de plus en plus leurs séjours dans les villes de leurs royaumes.

Nous souhaitons ainsi insister sur :

  • les conditions économiques nécessaires pour que la cour puisse s’installer dans une ville : diversité des activités économiques et artisanales, dynamisme du marché etc. ; conditions qui permettent son approvisionnement, le financement de sa vie quotidienne…
  • l’impact de la présence des cours sur la vie économique des villes où elles s’installent : l’intérêt qu’elles peuvent trouver à accueillir la cour, le profit qu’elles peuvent en tirer ou les difficultés qui peuvent naître de ses séjours, parfois courts, mais qui peuvent aussi être très longs.
  • la contribution des villes au train de vie fastueux des cours.
  • la concurrence ou les antagonismes au niveau économique, si ils existent, entre le monde curial et le monde urbain, ou entre les différentes villes (concurrence pour accueillir la cour).

Pendant le colloque, ces relations seront étudiées tant pour de grandes villes (capitales régionales) que pour des villes plus petites et des villages dans lesquels la cour ne fait que passer, s’arrête brièvement.

On prêtera une attention particulière :

  • aux producteurs et aux marchandises demandés par et livrés à la cour ; on s’intéressera donc à l’adéquation de la production urbaine locale à la consommation curiale ou, au contraire, à la nécessité d’importer des produits que le marché local ne fournit pas (question des circuits courts ou non et des raisons qui les justifient : modes, goûts particuliers des courtisans, absence de production ou de commerce local…) ; à l’influence et aux conséquences de la consommation de la cour sur le marché et la consommation des citadins (modes, essor de certaines productions, évolution des prix, évolution du marché du travail, critiques…) ; au problème du don, etc.
  • aux artisans et marchands et à leurs relations avec la cour : relations directes ou par l’intermédiaire des métiers (corporations) ? rôle des municipalités (norme, intermédiaire, contrôle) ; un dialogue entre élites ?
  • à l’argent : circuit et mécanismes de financement de la cour (prêts, endettement, dons, cena aragonaise, yantar castillan, jantar ou colheita portuguais).
  • aux prix : dans quelle mesure la présence d’une cour influence les prix du marché (du ravitaillement, de l’argent, du logement) ?
  • aux éventuelles réponses institutionnelles ou politiques urbaines (de la part des conseils de villes, des corporations artisanales…) à la présence de la cour et à ses conséquences économiques.

Nous souhaiterions attirer l’attention des participants sur le fait que ce congrès ne prévoit pas d’étudier les relations politiques et institutionnelles entre, d’une part, les villes et, d’autre part, le pouvoir royal ou nobiliaire ou les officiers à leur service, mais les relations économiques – matérielles, commerciales, financières – entre les cités et les citadins d’un côté, et les cours – comme société, comme groupe des courtisans et serviteurs de l’entourage direct du roi ou du seigneur – de l’autre. Pour ce faire, l’analyse se centrera surtout sur la contribution citadine à l’approvisionnement et au financement de la cour et de son personnel.
Pour terminer, nous rappelons que les études porteront uniquement sur la fin du Moyen Âge, au moment où les cours s’engagent dans un processus de sédentarisation et, surtout où nous commençons à disposer de plus en plus de livres de comptabilité et de registres de revenus et dépenses grâce auxquels on peut analyser les relations économiques qui font l’objet de notre colloque. L’espace géographique retenu porte sur les royaumes ibériques – Couronnes d’Aragon, de Castille, de Navarre et du Portugal, bien que pour le cas de la Couronne d’Aragon, on prendra aussi en compte ses États non ibériques (Sardaigne, Naples et Sicile).

http://abasteceryfinanciarlacorte.weebly.com

Programme

JEUDI 27 NOVEMBRE

9h-9h30
OUVERTURE

Ester ALBA PAGÁN
Decana de la Facultat de Geografia i Història de la Universitat de València

Michel BERTRAND
Director de la Casa de Velázquez

Enric GUINOT RODRÍGUEZ
Director del Departamento de Historia Medieval

PRESENTATION

Alexandra BEAUCHAMP
Université de Limoges
y Antoni FURIÓ
Universitat de València

9h30-12h30
CORTES BIEN ABASTECIDAS

Preside
Alexandra BEAUCHAMP
Université de Limoges

Enza RUSSO
Universitat de València / Università degli Studi di Napoli
I consumi della corte nel bilancio della tesoreria napoletana di Alfonso il Magnanimo

Fernando SERRANO LARRÁYOZ
Universidad de Alcalá
'Trigo et çeuada, specias, polalla, toçinos, pescado salado et otras cosas menudas que continuadament son nescessarias'. Comercio, mercado urbano y aprovisionamiento de alimentos en los hostales reales navarros durante la Baja Edad Media

Merche OSÉS URRICELQUI
Universidad Pública de Navarra
El lujo y sus proveedores en la corte navarra de Carlos III el Noble (1387-1425) 

Juan Vicente GARCÍA MARSILLA
Universitat de València
El traje nuevo del rey. Los proveedores italianos de la corte de Alfonso el Magnánimo

Débat

14h30-18h
CÓMO SATISFACER LAS NECESIDADES FINANCIERAS DE LAS CORTES

Preside
Maurice AYMARD
École des hautes études en sciences sociales, Paris

Rodrigo DA COSTA DOMÍNGUEZ
Universidade do Porto
La Corte y la fiscalidad del Estado portugués a finales de la Edad Media: financiación, redistribución y gastos de un reino entre la crisis y la opulencia

Flávio MIRANDA
Universidad Nova de Lisboa
La Corona y las ciudades en Portugal a fines de la Edad Media

María ÁLVAREZ FERNÁNDEZ
Universidad de Oviedo
Exigencias financieras y servicio a la Corona. Asturias, siglos XV-XVI

Francisco Javier GOICOLEA JULIÁN
Universidad del País Vasco
La financiación de la Corte real castellana en época de los Reyes Católicos: el ejemplo de la contribución de Logroño y los distritos fiscales riojanos según las libranzas de alcabalas

Débat

VENDREDI 28 NOVEMBRE

9h-12h30
ACOGER A LA CORTE: UN HONOR COSTOSO

Preside
Enric GUINOT RODRÍGUEZ
Universitat de València

Alicia MONTERO MÁLAGA
Universidad Autónoma de Madrid
“Sisas para el recibimiento”: el abastecimiento de la Corte en el Burgos de finales de la Edad Media

Pau VICIANO NAVARRO
Universitat de València
El impacto económico de las visitas reales en las finanzas del municipio. Las villas de Castellón y Vila-real en los siglos XIV-XV

Pere VERDÉS PIJUAN
Institució Milà i Fontanals-CSIC, Barcelona
"Aquella honor que•s pertany e bons vassaylls deuen fer a lur senyor": el impacto económico de las visitas reales en la villa de Cervera (siglos XIV-XV)

Antoni FURIÓ
Universitat de València
El rey en la ciudad. Las repercusiones económicas de la presencia del monarca y del séquito real en Valencia

Miquel RAUFAST CHICO
Institució Milà i Fontanals-CSIC, Barcelona
Los límites de la hospitalidad: cálculo ceremonial y estrategia económica en la Barcelona del siglo XV ante la llegada de la corte real

Debate

14h30-18h
REYES, PRÍNCIPES Y PAPAS: LA CORTE Y LA CIUDAD

Preside
Paulino IRADIEL MURUGARREN
Universitat de València

Salvatore FODALE
Università di Palermo
Benedicto XIII y el proyecto de establecer la corte pontificia en Palermo

Rafael NARBONA VIZCAÍNO
Universitat de València
El rey y la ciudad. Sinergia entre el Magnánimo y Valencia

Amedeo FENIELLO
Istituto storico italiano per il Medioevo, Roma
Il principato di Taranto e la sua corte nel XV secolo

Débat

CONCLUSIONS

Maurice AYMARD
École des hautes études en sciences sociales, Paris