Les cultures politiques dans la péninsule Ibérique et au Maghreb

École thématique - CPIM 2021

13DECEMBER - 17DECEMBER 2021
École thématique
4e édition : Tractations et accommodements


PROLONGATION DU DÉLAI D'INSCRIPTION
Jusqu'au 15 septembre 2021 (minuit, heure de Madrid)

Dates : du lundi 13 au vendredi 17 décembre 2021 (14h-17h30)

Modalités : Visio-conférence. Les langues de travail seront le français et l’espagnol.


Date limite d'inscription
PROLONGÉE JUSQU'AU 15 SEPTEMBRE 2021
(Minuit, heure de Madrid)
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Pour tout renseignement concernant la logistique, veuillez contacter Mme Soledad Durán soledad.duran@casadevelazquez.org

 

Coordinateurs CPIM : Daniel Baloup (Université Toulouse-Jean Jaurès), Yann Dejugnat (Université Bordeaux-Montaigne), Véronique Lamazou-Duplan (Université de Pau et des Pays de l’Adour)

Coordination scientifique 4e édition : Florian Gallon (Université Toulouse-Jean Jaurès)

Institutions partenaires : Université Bordeaux-Montaigne – Université de Pau et des Pays et de l’Adour – Université Toulouse-Jean Jaurès – École des hautes études hispaniques et ibériques (Casa de Velázquez)

 

 

Présentation

Les universités de Bordeaux, Pau et Toulouse, en partenariat avec la Casa de Velázquez, organisent une école thématique qui propose un examen croisé et pluridisciplinaire des cultures politiques dans la péninsule Ibérique et au Maghreb, y compris dans leurs projections atlantiques, au cours d’un long Moyen Âge étendu de l’Antiquité tardive jusqu’à l’aube de l’époque moderne. La session 2021 (4e édition) propose d’étudier les tractations et accommodements mis en œuvre pour maintenir ou rétablir au sein de ces espaces un ordre social et politique fragile voire perturbé, aussi bien entre chrétiens, juifs et musulmans qu’à l’intérieur de chacune de ces composantes confessionnelles. On suivra trois axes directeurs : la diplomatie interétatique ; les procédures non violentes de résolution des conflits intrasociétaux ; l’accommodation interconfessionnelle.
 

Formateurs 

  • Rafael Azuar Ruiz
    Museo Arqueológico Provincial de Alicante
  • Cristina De La Puente
    CSIC
  • Cándida Ferrero Hernández
    Universitat Autònoma de Barcelona
  • Florian Gallon
    Université Toulouse-Jean Jaurès
  • Stéphane Péquignot
    École Pratique des Hautes Études
  • Dominique Valérian
    Université Paris 1-Panthéon Sorbonne

 

CPIM

Les cultures politiques dans la péninsule Ibérique et au Maghreb

L’histoire médiévale de la péninsule Ibérique et du Maghreb souffre encore d’un singulier paradoxe. Ces régions furent à cette époque un carrefour exceptionnel de cultures politiques, qui s’y sont rencontrées, heurtées et mélangées, au rythme des conquêtes et des circulations. Des pratiques et les imaginaires politiques, en provenance du monde latin et des pays d’Islam, y furent adaptés, transformés, détournés et réinterprétés, parfois sous formes de métissages et d’hybridations inédits et originaux. Des politiques de coexistence, d’intégration ou d’exclusion y furent inventées entre des sociétés d’une grande diversité. Pourtant, la délimitation rigide des champs de recherche, entre « orientalistes » et « occidentalistes », dont chacun se développa moins en fonction d’un objet historique qu’au regard d’une spécificité linguistique, a escamoté les perspectives et longtemps retardé l’émergence d’une histoire à parts égales. Il y a une quarantaine d’années, des pionniers ont proposé une histoire comparée des mondes chrétien et musulman, fondée sur une approche pluridisciplinaire. Mais si cette histoire a contribué de manière décisive à décloisonner les horizons, elle a maintenu, à son insu, une vision dualiste et différentialiste, entre deux blocs conçus comme antagonistes et homogènes.

Aujourd’hui, l’essor de l’histoire globale peut permettre de renouveler questions et perspectives, en les fondant sur une connaissance égale et partagée du foisonnant monde latin et du monde islamique dans toute sa diversité politique et culturelle. Il s’agit donc de traiter d’une histoire multipolaire, qui ne soit plus exclusivement délimitée par une approche axée sur la confrontation entre la Chrétienté et l’Islam, ni rigidement encadrée par des historiographies nationales focalisées sur le rassemblement progressif de leurs territoires et indifférentes aux mondes environnants. Il convient plutôt d’agrandir la focale et d’élargir l’espace-temps, de manière à situer l’histoire de la péninsule Ibérique et du Maghreb dans un contexte plus large : à l’amont, en prenant en compte la diversité des héritages antiques, qui furent mobilisés dans la construction de ces cultures politiques ; à l’aval, en élargissant les perspectives à l’expansion ibérique dans le monde, à l’orée des temps modernes. Cette approche permet également d’extraire ces régions de leur périmètre immédiat, en les considérant comme des points d’intersection, en exhumant des liens qui les rattachaient à des mondes s’étendant de l’Inde à l’océan Atlantique, de l’Europe du Nord au Sahara, que la tradition universitaire a longtemps tenu à l’écart les uns des autres. Des pistes inattendues pourront ainsi surgir des vertus de la diachronie, de la rencontre des sources, ou encore du rapprochement d’expériences politiques parallèles.

 

4e édition : Tractations et accommodements

Argumentaire

La péninsule Ibérique et le Maghreb constituent au Moyen Âge une zone de confins où Chrétienté et Islam voisinent et se rencontrent, s’ignorent et interagissent, s’affrontent et s’accordent. Par-delà leurs caractères propres et distinctifs, les mondes chrétien et musulman forment aussi des ensembles eux-mêmes largement composites. La fragmentation politique, l’hétérogénéité sociale, la pluralité confessionnelle y multiplient les occasions et les motifs de tensions et de discorde. Qu’elles mettent aux prises des chrétiens et des musulmans, des chrétiens entre eux, des musulmans entre eux ou encore les uns et les autres avec des juifs, ces dissensions provoquent parfois l’affrontement mais peuvent aussi se résoudre ou s’aplanir par la recherche de terrains d’entente et de compromis.

Cette quatrième session sera consacrée à l’étude des tractations et accommodements qui participent à maintenir ou rétablir, à l’échelle internationale ou au sein des territoires et des sociétés, un ordre fragile voire perturbé que peuvent fonder le droit et les valeurs partagées mais aussi la nécessité de la cohabitation pacifique.  Il s’agira de saisir les modalités et les fonctions de ces négociations et de ces conciliations, tout en prenant en compte les difficultés et résistances qui viennent gêner leur développement et limiter leur effectivité. Le cadre géographique et chronologique retenu favorisera, sur un temps relativement long et suivant une approche interdisciplinaire, l’exploration croisée des relations entre chrétiens, juifs et musulmans au sein de l’espace géographique considéré, mais aussi l’examen comparatif de leurs pratiques respectives, dans leurs similitudes et dans leurs divergences.

Les travaux présentés s’orienteront selon trois axes directeurs :

  • La diplomatie interétatique, c’est-à-dire l’ensemble des activités de représentation et de négociation menées entre détenteurs d’une autorité souveraine, aussi bien entre chrétiens et musulmans qu’au sein même de la Chrétienté ibérique et de l’Occident musulman. On s’attachera aux acteurs de cette diplomatie : rois et princes, émirs, califes et sultans, sans négliger le rôle des femmes ou de la papauté ni surtout celui des ambassadeurs, émissaires et médiateurs dont on s’efforcera d’appréhender le recrutement, le niveau social, le statut juridique, les déplacements, les compétences spécifiques. L’attention portera aussi sur les lieux de l’activité diplomatique (cours et palais, salles de réception, terrain neutre, frontière), ses rituels (gestes, mises en scène, protocoles, festivités, remise de cadeaux), les supports de la communication qui s’y noue (lettres, messages, traductions, audiences publiques, entretiens privés, culture et codes partagés). On s’intéressera en outre aux enjeux de la rencontre diplomatique, ses grands principes (paix et amitié, démonstration de puissance, reconnaissance entre égaux, défense d’un rang et de prérogatives) comme ses réalisations concrètes (traités, trêves, alliances militaires ou matrimoniales, accords commerciaux, tributs, libération de prisonniers, échanges d’otages, règlement de litiges frontaliers). On pourra se pencher encore sur les réserves théologiques ou morales suscitées par les discussions avec un partenaire qui est aussi ennemi potentiel et parfois mécréant, ou analyser pour eux-mêmes les récits de légations comme discours participant à la construction d’un imaginaire politique et à l’élaboration d’une vision de l’autre.

  • Les procédures non violentes de résolution des conflits intrasociétaux, c’est-à-dire les opérations mises en œuvre, sans recours à l’affrontement physique, pour apaiser les tensions, régler les différends, restaurer la paix menacée sur les multiples terrains (politique, religieux, économique, domestique, vicinal, intellectuel) où s’exprime l’antagonisme social. On sera attentif tant à la recherche extra-judiciaire d’accords amiables qu’aux négociations intégrées au processus judiciaire. L’étude de ces mécanismes de pacification pourra porter sur le rôle qu’y tiennent le droit et la coutume, le profane et le sacré, l’autorité publique et l’arrangement privé, l’institution et le bricolage, la médiation et l’arbitrage, la parole et l’écrit, le geste et le rituel, la mémoire et l’oubli, la pression du groupe et les réseaux d’amitié, l’honneur et la honte, la menace et la peur, l’intimidation physique et la vengeance à contenir, la sanction et la compensation, la réconciliation et le pardon.

  • Les formes d’accommodation interconfessionnelle, c’est-à-dire l’ensemble des stratégies plus ou moins conscientes qui permettent ou facilitent, par l’adaptation de normes, de pratiques et de comportements, la coexistence des chrétiens, des musulmans et des juifs au sein d'un territoire donné, la régulation de leurs relations et la prévention des conflits que pourrait alimenter l’altérité dans la promiscuité. On traitera notamment du statut juridique et des privilèges octroyés aux minorités religieuses ; du partage ou de la ségrégation de l’espace, en particulier urbain ; des processus d’acculturation touchant à la langue, à la pratique religieuse, aux modes de vie ; des figures de passeurs (frontaliers, esclaves, captifs, otages, marchands, mercenaires, voyageurs, néo-convertis, époux contractant un mariage mixte, enfants nés d’une telle union) et des lieux de rencontre (frontières, ports, marchés, fondouks) susceptibles de fonder ou de nourrir un middle ground transculturel.